2019 : LE TOUR DE FRANCE EST DE RETOUR !

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Alaphilippe et Pinot pendant le tour de France 2019

L'Action Française 31 juillet 2019 20:34 Actualités

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par Didier BEOUTIS

Pendant de nombreuses années, le Tour de France cycliste, créé, en 1903, par le quotidien sportif L’Auto, a mis en lumière les coureurs français et même la Nation française. Même s’il était ouvert à des compétiteurs étrangers (Belges, Italiens, Luxembourgeois, puis Néerlandais, Allemands, Espagnols, Suisses), c’était bien souvent un Français qui l’emportait. Le tracé, autour de nos frontières terrestres et maritimes, -le « chemin de ronde » français -cher à Charles Maurras-  mettait en valeur le périmètre national. La création, à partir de 1930, des équipes nationales allait susciter une passion populaire autour de vainqueurs comme André Leducq, Antonin Magne, puis, après la Seconde guerre mondiale, comme Jean Robic et Louison Bobet, sans compter, un peu plus tard, Jacques Anquetil et Raymond Poulidor. Dans ses éditoriaux, le directeur de la course, Henri Desgrange (1865-1940) n’hésitait pas à mettre en exergue les sentiments nationaux, comme il l’avait notamment fait, au moment de la déclaration de guerre, en juillet 1914. Par ses articles parus de 1954 à 1982, l’écrivain Antoine Blondin mettait en lumière notamment les coureurs français, comme le faisait aussi, lors de ces mêmes années, par ses caricatures, le dessinateur René Pellos.

Le retour définitif, à partir de 1969, à la formule des équipes de marques, l’adoption de tracés, pour des raisons diverses -nécessité de mettre en valeur les parcours en montagne, kilométrage limité- bien éloignés du « chemin de ronde français », avec des transferts en avion, et aussi l’internationalisation de l’épreuve allait contribuer progressivement à une désaffection de la population française pour le Tour de France, au profit notamment du football... La dernière victoire française date de 1985 (Bernard Hinault). Depuis lors, on a vu de nouvelles nations cyclistes émerger et s’emparer du « maillot jaune » -les États-Unis ; l’Irlande ; le Danemark ; l’Australie ; et, cette année, la Colombie-.

Cette année s’annonçait comme les précédentes : 31 coureurs français au départ sur 176 compétiteurs ; 5 équipes de marques française sur 22, un départ à Bruxelles, un parcours ignorant totalement l’ouest du pays…

Et puis, les coureurs français se sont montrés ! Le baroudeur Julian Alaphilippe, né à Saint-Amand-Montrond, âgé de 27 ans, s’est emparé du maillot jaune dès la troisième étape, à Épernay, et s’est attaché, pendant deux semaines, à le défendre avec panache, remportant même la difficile 13ème étape disputée contre la montre autour de Pau. Le lendemain, Alaphilippe terminait à la deuxième place de l’étape, au sommet du Tourmalet, remportée par un autre Français, le Franc-comtois de Lure Thibaut Pinot (29 ans). Dès lors, des espoirs fous s’emparaient des Français : et si Alaphilippe allait défendre sa place de premier jusqu’à l’arrivée à Paris ; et si le grimpeur Pinot allait contenir, dans les Alpes, le super-grimpeur colombien Egan Bernal, âgé de 22 ans, qui pouvait compter sur une très forte équipe dont faisait partie le vainqueur de l’année précédente, le Britannique Thomas ?

Las ! Les espoirs mis dans les coureurs français se sont évanouis, l’avant-veille de l’arrivée lors de la 19ème étape passant par le col de l’Iseran en montagne. Souffrant d’une déchirure musculaire à la cuisse, Pinot était contraint à l’abandon, alors que Pinot était distancé, dans l’ascension de l’Iseran par Bernal, qui allait, ce jour-là, assurer sa victoire finale.

Paradoxalement, l’édition de 2019 qui a vu se renforcer le caractère international de l’épreuve, avec, pour la première fois, le succès d’un coureur sud-américain, aura aussi été celle du réveil français, et  d’un surcroît d’intérêt populaire. Pour les Français, le Tour de France est de retour !

En effet, grâce à Alaphilippe, vainqueur de deux étapes, en « jaune » pendant quatorze jours, à Pinot, vainqueur de l’étape du Tourmalet et 5ème au classement général final, grâce aussi à l’Auvergnat Romain Bardet, vainqueur du Grand prix de la montagne -le « maillot blanc à pois rouges »-, la France est venue « réhabiter » le Tour de France. Et ce n’est pas une utopie si l’on peut pronostiquer la victoire d’un Français l’an prochain… après trente-cinq années d’attente !