Empirisme organisateur

TOUT CE QUI EST NATIONAL EST NÔTRE !

Notre règle d’or : l’empirisme organisateur

 

La politique est une science, mais aussi un art – ce que semblent ignorer la plupart des politiciens qui, dans nos démocraties, s’abreuvent de théories, toutes déconnectées de la réalité des faits et des sociétés.

 

 Sagesse politique

Maurras (1868-1952) eût traité de « fou » l’homme qui aurait tenu de tels propos devant lui, car il savait que les politiciens qui entendent échapper à Dieu se font les instruments de la perte des nations. Il savait aussi, néanmoins, que la politique est un métier qui s’apprend, une fonction dans la société, un travail à bien faire. Les rois héréditaires avaient la chance d’être éduqués dès leur plus jeune âge en vue de cette mission. Mais, pour quiconque se lance dans la politique, il importe de ne jamais se dessaisir d’une règle d’or à laquelle Maurras a donné son nom, sur le modèle du critique littéraire Charles-Augustin Sainte-Beuve (1804-1869) : l’empirisme organisateur, qui consiste à analyser le présent à la lumière du passé, pour prévoir où l’on va et trouver les meilleures solutions envisageables si les conséquences se renouvellent.

Maurras lui-même définissait l’empirisme organisateur comme « la mise à profit des bonheurs du passé en vue de l’avenir que tout esprit bien né souhaite à son pays. » Il expliquait ensuite : « L’examen des faits sociaux naturels et l’analyse de l’histoire politique conduisent à un grand nombre de vérités certaines, le passé les établit, la psychologie les explique et le cours ultérieur de événements contemporains les confirme et les reconnaît ; moyennant quelque attention et quelque sérieux, il ne faut pas un art très délié pour faire une application correcte de ces idées, ainsi tirées de l’expérience, et que les faits nouveaux, dégagés d’une expérience postérieure, ont les plus grandes chances de vérifier. » 

Il y a là de vraies leçons de sagesse politique que Maurras enracinait dans l’Histoire nationale. Cette sagesse est libérée de tout a-priori idéologique et de toute passion démocratique (empirisme), mais capable d’opérer des choix clairs et d’en donner les raisons (organisateur).

 

Notre maîtresse en politique, c’est l’expérience

Les hommes peuvent bien écrire des constitutions (nous en sommes à la Ve république, et cela ne marche toujours pas !), mais, bien vite, l’autorité impersonnelle de la loi écrite leur paraît une énorme duperie. Il importe alors de trouver une autre façon de gouverner et Maurras montre que l’Histoire vient à notre secours : « Notre maîtresse en politique, c’est l’expérience. » En effet, les répétitions de l’Histoire, en des circonstances identiques ou changeantes, permettent de dresser le tableau des présences ou des absences qui favorisent l’étude des progrès des sociétés. « On a beau soutenir sur le papier, qui souffre tout, dit encore Maurras, l’originalité absolue, l’unicité des phénomènes historiques. Ils sont originaux, ils sont uniques, mais  leur suite ne l’est pas. »

Et de se référer à Jacques Bainville (1879-1936), lequel a lumineusement démontré que les va-et-vient de l’Histoire portent des constantes dont l’étude permet des prévisions certaines : « On aura les conséquences… » Celles-ci sont de plus en plus favorables aux idées contre-révolutionnaires, anti-libérales, antidémocratiques… « L’expérience de l’Histoire est pleine des charniers de la Liberté et des cimetières de l’Égalité », ajoute Maurras. Il suffit de se souvenir des révolutions qui ensanglantèrent Paris au temps d’Étienne Marcel (1302-1358), de Jean Sans Peur (1371-1419), et surtout lors de la misérable Révolution dite française de 1789 à 1799, pour constater à quelles folies les Français, quand ils se déchaînent, peuvent se livrer au nom de la Liberté ou de l’Égalité…

 

Leçon d’espérance

Il faut aussi ne pas oublier que le monde se modifie avec lenteur et que c’est sur les grands traits généraux, sur les permanences de la constance humaine qu’il faut se régler toutes les fois où l’en veut arranger l’avenir. Emportés par les progrès actuels et spectaculaires des sciences et des techniques, les hommes d’aujourd’hui ont trop tendance à imaginer un monde entièrement nouveau qui, comme celui dont rêve Emmanuel Macron, s’affranchirait de toutes les lois de l’ordre naturel  et qui, « du passé » ferait « table rase »… Maurras haïssait « ce programme de l’amnésie ». La nature et l’histoire sont pleines  de pièges tendus à la fatuité des mortels, quand ils ne se méfient pas. C’est pourquoi notre maître ne renonçait pas à exercer un esprit critique sur les leçons du passé et sur les déductions que l’on en retire.

Revenons donc à l’expérience de l’Histoire. Que les évolutions et les transformations ne nous cachent pas les ouvriers et les artisans de ces évolutions ou transformations.  « Sans les chefs, sans les saints, sans les héros, sans les rois, l’Histoire, disait encore Maurras, est inintelligible ».

Le premier enseignement que l’on puisse tirer de l’empirisme organisateur est évidemment que les Français ont, avant tout, besoin d’être bien gouvernés, donc par le régime qui a fait leur nation : la monarchie traditionnelle, héréditaire, antiparlementaire et décentralisée, afin de jouir d’un régime d’ordre et qui, comme disait Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704), « se perpétue par les mêmes causes qui font durer l’univers et qui perpétuent le genre humain… » Le roi héréditaire qui travaille pour la nation travaille pour ses enfants et l’amour qu’il a pour ceux-ci, confondu avec l’amour de son peuple, fait tout trouver naturel à son cœur de « père ». On est là, bien sûr, aux antipodes des lois bioéthiques actuellement discutées par la république macronienne…

Toute l’Histoire de nos rois capétiens donne une belle leçon d’espérance que confirme à chaque page la belle et limpide Histoire de France de Jacques Bainville. À lire ou à relire absolument !

Michel FROMENTOUX