LA NAISSANCE DE L'EGLISE MARONITE

quadrilatere
Monastère rupestre saint Maron aux sources de l’Oronte
L'Action Française 1 octobre 2019 16:12 Sophie d'Herbais

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par Sophie d’Herbais


« C'est lui (Saint Maron) qui a planté pour Dieu le jardin qui fleurit aujourd'hui dans la région de Cyrrhus », Theodoret de Cyr 

Plongeant leurs racines depuis au moins l’âge de bronze au cœur du ‘Pays de Canaan’, c’est-à-dire la Terre Promise ou encore cette région du Proche-Orient située tout au long de la rive orientale de la Méditerranée et délimitée aujourd’hui par Gaza au Sud, en passant par l’ouest de la Jordanie et de la Syrie jusqu’à Alep et Antioche, les habitants du Proche-Orient ancien sont façonnés par le bouleversement radical de l’humanité à l’époque christique. Alors que les montagnards qui peuplent les gorges et plateaux sauvages du Mont Liban restent majoritairement païens, les plaines et vallées se convertissent massivement au christianisme sous l’impulsion de l’Empereur Constantin le Grand (280-337) qui met fin aux persécutions et instaure le christianisme comme religion d’État.

Contemporain de Constantin, né entre 340 et 350 et mort en 410, Maron est un moine et ermite des Églises d’Orient dont l’existence historique est attestée par l'Histoire des moines de Syrie de Théodoret de Cyr ainsi que par une lettre que lui adressa Saint Jean Chrysostome en 405 et dans laquelle il le qualifie de prêtre et de solitaire et lui demande de prier à son intention. Selon Théodoret, Maron s’imposait une ascèse des plus rudes à proximité d’un ancien temple païen consacré par lui comme église. L'anachorétisme, dont le stylisme est une variante, consiste à vivre en prière en plein air, exposé aux ardeurs du soleil comme aux intempéries. L'austérité de sa voie monastique, les guérisons qu’il opérait et le charisme qu’il dégageait le rendirent rapidement célèbre dans toute la Syrie.

Théodoret, futur évêque de Cyr et historien du monachisme syrien par excellence, affirme que la plupart des solitaires de la région était des disciples de Maron. Il raconte qu’à sa mort en 410, la dépouille du saint ermite fit l’objet d’un conflit qui dura plusieurs décenniesentre les localités du voisinage. Finalement, c’est le bourg de Brad, au nord-ouest d’Alep, qui finit par l’emporter. Un monastère Saint Maron (Beth’ Maroun) y fut fondé en 452 très probablement par l'empereur Maurice mais sous l’égide du nouvel évêque de Cyr qui modéra l’ascèse particulièrement rude des disciples de Maron, conformément aux décrets du Concile de Chalcédoine de l’année 451. Selon le Père Karam Rizk, directeur de l'Institut d'Histoire de l’Université du Saint-Esprit de Kaslik au Liban, « c'était normal de redonner sa dignité à l'être humain et d'en revaloriser le corps, soumis auparavant à une austérité martyrisante, puisque la définition des Pères du Concile de Chalcédoine énonce que le Christ est une personne unique en deux natures humaine et divine parfaites :  ‘Nous enseignons tous d'une seule voix, proclament les pères conciliaires, un seul et même Fils, NSJC, le même parfait en divinité, le même parfait en humanité, le même Dieu vraiment et homme vraiment, fait d'une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l'humanité, semblable à nous en tout hors le péché, engendré du Père avant les siècles quant à sa divinité, engendré de Marie, la Vierge, la Théotokos (Qui a enfanté Dieu) quant à son humanité, un seul et même Christ, Fils, Seigneur, Fils unique, que nous reconnaissons être en deux natures, sans confusion ni changement, sans division ni séparation ; la différence des natures n'est nullement supprimée par l'union, mais, au contraire, les propriétés de chacune des deux natures restent sauves et se rencontrent en une seule personne ou hypostase’ ».

Le monastère de St Maron fit sienne cette définition et entreprit d’évangéliser les contrées toujours païennes de la région sur les pas du moine Abraham de Cyrrhus, disciple du Saint, qui, dès la mort de son maître, prêcha dans tout le Mont Liban « une foi inébranlable en Dieu appuyée sur une fidélité indéfectible au magistère de l’Église». C’est ainsi qu’émergea l’Église Maronite dans un Orient chrétien déchiré par les débats dogmatiques entre les Églises ante chalcédoniennes ou monophysites orthodoxes qui clament que le Christ n’a qu’une nature divine, cette dernière ayant absorbé Sa Nature humaine, et les disciples de Maron, farouchement fidèles à Chalcedoine. Les discussions théologiques dégénérèrent en batailles rangées surtout lors de l’accession de Sévère, un théologien engagé monophysite, au siège Patriarcal d’Antioche en 512. En 517, les premiers martyrs maronites de Chalcédoine tombent. 350 moines sont massacrés par les monophysites lors d'une embuscade tendue alors qu'ils se rendaient à une réunion de réconciliation. Leur monastère est incendié. Il sera reconstruit par Justinien après le Concile de Constantinople en 536 et redevient le plus important centre monastique de Syrie. Mais en 610, le Patriarche chalcédonien est assassiné et une vacance s’installe, prolongée par la conquête arabe de la Syrie en 634 et l'appui que les nouveaux maîtres prodiguent aux monophysites qui multiplient les persécutions à l’encontre des communautés maronites contraintes à fuir la Syrie pour se réfugier au Mont Liban où elles bénéficient de l’amitié de l’empereur Héraclius.

Ainsi, soutenus par Byzance qui envoie ses mercenaires mardaïtes en renfort, les maronites s’enracinent dans les montagnes du Liban et résistent aux invasions musulmanes, parvenant même parfois à reconquérir des terres chrétiennes de Byblos à Saint jean d’Acre

La tradition dit que Saint Jean Maron, moine formé au grand monastère Saint Maron, aurait été élu en 686 premier Patriarche de l’Eglise maronite d’Antioche et de tout l’Orient dans le couvent rupestre maronite des sources de l’Oronte, au pied du Mont Liban qui, toujours selon le Père Karam Rizk, « devint un asile de liberté et d'autonomie, un pôle d'attraction pour toutes les minorités, chrétiennes ou musulmanes, qui chérissent ou partagent ces valeurs».