Les délires démocratiques dans le premier laboratoire sociétal de l’Occident

Les délires démocratiques dans le premier laboratoire sociétal de l’Occident

« Le petit poussin brise sa coquille et se met à courir.
Peu de choses lui manque pour crier : « Je suis libre … » Mais le petit homme ?

Au petit homme, il manque tout. Bien avant de courir, il a besoin d’être tiré de sa mère, lavé, couvert, nourri. Avant que d’être instruit des premiers pas, des premiers mots, il doit être gardé de risques mortels. Le peu qu’il a d’instinct est impuissant à lui procurer les soins nécessaires, il faut qu’il les reçoive, tout ordonnés, d’autrui »

Charles Maurras

 

Jacinda Ardern, premier ministre de Nouvelle-Zelande

La Nouvelle-Zélande est-elle devenue le laboratoire progressiste du monde occidental et en particulier de son hémisphère sud ? En effet, ces dernières années, sous l’impulsion, l’égide ou la représentation du chef du gouvernement réélu l’année dernière pour un nouveau mandat, l’hystérique Jacinda Ardern, le pays du kiwi sombre dans les plus noirs marécages de la révolution sociétale, faisant passer la France, pour l’heure, à un pays conservateur. C’est dire !

Le dernier projet tout politique mené par la jument de Wellington a été dévoilé lundi 21 novembre à l’issue d’un arrêt de la Cour suprême de Nouvelle-Zélande : l’ouverture du droit de vote aux plus jeunes. En effet, le tribunal composé de juges proches du parti travailliste et du parti progressiste (donc proches de Jacinda Ardern) a estimé que l’âge actuel du droit de vote, fixé à 18 ans, enfreignait « les droits des plus jeunes ».

Les gamins vont-ils urner ?

Pour y remédier l’exécutif propose dès maintenant que le parlement abaisse cette limite d’âge à 16 ans.

« Je soutiens personnellement un abaissement de l’âge, mais ce n’est pas une question qui me concerne ou même [qui concerne] le gouvernement », a expliqué Ardern. « Tout changement de la loi électorale de cette nature requiert le soutien de 75 % des parlementaires. C’est pour cela que, selon nous, il s’agit d’une question plutôt destinée au Parlement, pour que chacun puisse s’exprimer », a-t-elle ajouté. Une manière insidieuse de dire que cette tendance vers une égalité toujours plus forte ne serait pas le fait du politique, d’une décision arbitraire mais le fruit d’une longue maturation de l’opinion désireuse d’une nouvelle réforme en la matière. Dès 2023, de jeunes adolescents pourraient donc enfiler l’urne pour les élections générales. Le camp progressiste néo Z a l’air très confiant quant à l’avenir de ce projet qui ressemble d’ores et déjà à une étape d’une révolution politique consistant à terme à donner un droit de vote aux enfants de 7 ans et plus. Nous pouvons en faire le pari. Mais à quoi ça sert ?

Le camp progressiste a envahi les esprits, il n’entend plus les quitter

Derrière le prétexte de l’égalité politique (La Nouvelle-Zélande s’enorgueillit d’avoir été la première nation à avoir accordé le droit de vote aux femmes en 1893) qui serait un peu la marque de fabrique de la démocratie néo-zélandaise, existent d’autres enjeux. Le premier d’entre eux est la perpétuation de l’infâme politique dite progressiste mise en application par un personnel politique qui assume parfaitement son rôle de pionnier en matière de révolution sociétale. Pourquoi ? Tout simplement parce que les plus jeunes sont aujourd’hui majoritairement, en Nouvelle-Zélande comme dans la plupart des pays occidentaux, plus enclins à soutenir tous les délires démocratiques qui gangrènent nos sociétés moribondes. Donner accès à l’urne chaude aux plus jeunes est un moyen pour la gauche dégénérée de remporter les prochaines élections, et certainement les plus importantes d’entre elles.  Cet instrument politique va permettre en définitive de poursuivre cette funeste révolution sociétale, inlassablement, jusqu’à la liquéfaction parfaite de la société résiduelle traditionnelle. La jeunesse, la plus verte, n’aura en effet connu durant son existence que la plus brutale des propagandes homosexualistes, abortives et transgenres avec les résultats effroyables que nous connaissons ici même en France. Mais la Nouvelle-Zélande est ce laboratoire social dont les interminables « avancées » prouvent que le pire est toujours possible.

L’avortement pour toutes, où elles veulent, quand elles veulent

Alors que jusqu’en 2020, une forme d’hypocrisie recouvrait les avortements dans ce pays effectivement très noir (la tenue de leurs rugbymen adorés symbolise très bien ces ténèbres) puisque l’avortement n’était pas légal mais pratiqué dans 98% des cas sous le prétexte fallacieux d’une maladie mentale de la génitrice, la dépénalisation aura été là-bas le prétexte d’une libéralisation totale de l’IVG considéré désormais comme un soin pour lequel aucun justificatif n’est demandé et cela jusqu’à 20 semaines de gestation. Après ce délai, la génitrice n’a qu’à consulter un médecin à deux reprises pour qu’elle puisse éliminer le bébé à naître dans l’une de ces rutilantes cliniques prévues à cet effet. La permissivité abortive est si large que des Américains (des couples et des Américaines sexuellement incontinentes) ont décidé de vivre en Nouvelle-Zélande uniquement pour cette raison ! Ce n’est pas une très mauvaise plaisanterie, malheureusement non, et depuis les menaces pesant sur la liberté abortive aux Etats-Unis, les demandes d’immigration au pays du mouton ont augmenté de 65% !

Le transsexualisme glorifié !

Autre délire poussé plus loin qu’ailleurs sur ces îles australes, le transgenre et le transsexualisme. Phénomènes qui ont le vent en poupe avec le personnel très libéral aux manettes et avec un parlement qui revendique comme LGBT plus de 10% de ses députés.  En 2020, le Comité olympique de Nouvelle-Zélande (soutenu par Jacinda Ardern) annonce la qualification pour les Jeux olympiques d’été de 2020 dans la catégorie des +87 kg l’haltérophile Laurel Hubbard, un homme affirmant qu’il est femme dans sa tête. Et ça passe ! Les cheveux longs, il devient (elle devient, devrions-nous dire si nous étions poli et zozo) alors le premier athlète trans à concourir aux Jeux olympiques et l’haltérophile le plus âgé à se qualifier avec, à 43 ans, plus de vingt ans de plus que la plupart des autres concurrentes. Le pauvre Hubbard n’est autre que le fils (pardon fille) de l’ancien maire d’Auckland, la plus grande ville du pays. Cela en dit long sur la putréfaction de ses élites.

Enfin, les lecteurs de l’Action française ne sont pas sans savoir que la Nouvelle-Zélande a légalisé l’euthanasie en 2021 et que tout individu considéré comme « condamné » a le droit de jouir des bons services des hommes en noir. A la lumière des dernières évolutions politiques, gageons que le kiwi qui a déjà perdu ses ailes, perdra bientôt ses petites pattes. Restera le temps de son agonie.

Max Lacogne

Maçonnerie : « le projet républicain n’est pas encore abouti »

Maçonnerie : « le projet républicain n’est pas encore abouti »

Déclaration de Georges Sérignac, Grand maître du Grand Orient de France dans la presse locale :
 
« Notre ADN, c’est le compagnonnage avec la République, l’attachement aux valeurs et aux principes de la République. La motivation principale de ceux qui rejoignent le Grand Orient de France, c’est cette volonté de participer encore à l’aboutissement du projet républicain, Liberté Égalité Fraternité ; on voit bien qu’il n’est pas encore abouti. Mais également le faire par la méthode maçonnique. Nous ne sommes pas une association comme une autre, on a des méthodes initiatiques, on utilise un langage symbolique, il y a toute une façon d’être, de se conduire et d’agir qui est au centre de la méthode maçonnique. Pour travailler d’une manière différente. Le Grand Orient de France est aussi un laboratoire d’idées, un lieu où l’on échange et où l’on réfléchit en se mettant en dehors du temps et du brouhaha du monde extérieur, à l’abri dans nos temples. »
 
Quelles sont aujourd’hui les priorités du Grand Orient de France ?
« La priorité, c’est vraiment la défense de la République. C’est évidemment la défense de la laïcité. C’est aussi s’impliquer dans la défense des droits des minorités, des droits des femmes… C’est vraiment l’attention à l’autre. Dans les grands combats qui nous animent encore aujourd’hui, c’est aussi une interrogation très forte sur l’école, sur l’instruction publique. Cette année d’ailleurs, nous lançons de grands chantiers sur l’école, pour participer à une réflexion et faire avancer les choses. Nous travaillons également, par exemple, sur l’accueil des migrants, l’écologie, le climat et le futur de l’humanité… La philosophie humaniste est essentielle pour nous. C’est donc au cœur du travail de nos loges, qui font la franc-maçonnerie. Notre combat passe par des thématiques essentielles, comme la loi sur l’euthanasie, c’est un autre exemple, puisque c’est un sujet essentiel par rapport à la liberté de conscience que nous défendons. […] »
 
L’Action Française le répète depuis plus de 120 ans : les institutions républicaines en France sont perméables aux puissances de l’anti-France, de l’étranger. C’est bien la république qui corrompt son personnel et non l’inverse, elle est la cause des maux dont souffrent la France et les Français.
Les 70 ans de la mort de maurras : hommage au maître dans Rivarol

Les 70 ans de la mort de maurras : hommage au maître dans Rivarol

Il y a 70 ans de cela, jour pour jour, le 16 novembre 1952, Charles Maurras s’éteignait à la clinique Saint-Grégoire de Saint-Symphorien-lès-Tours, dans le département d’Indre-et-Loire, âgé de 84 ans.

 Une grâce arrachée
de haute lutte

 Il avait été admis dans cet établissement hospitalier à la suite d’une grâce médicale que le président de la République, Vincent Auriol, lui avait enfin accordée le 21 mars de la même année. Enfin accordée, oui, car, depuis cinq ans, de nombreux intellectuels éminents avaient fait le siège de l’Élysée, individuellement ou à plusieurs, pour tenter d’obtenir une telle grâce. Le chef de l’État, républicain, socialiste de toujours, cacique de la SFIO, ministre des Finances de Léon Blum et du Front populaire (l’un et l’autre éreintés à coups d’articles par le maître de L’Action française), “résistant” (de Londres) pendant la Deuxième Guerre mondiale, s’était jusqu’alors montré inflexible : Maurras devait expier sa “trahison” et mourir en prison. Il fallut que l’état de santé du condamné se dégradât au point d’exiger son transfert à l’Hôtel-Dieu de Troyes (tout près de la prison de Clairvaux, où il était détenu) pour que Vincent Auriol consentît enfin à lui accorder sa grâce, demandée par Henry Bordeaux, lequel en était à sa énième tentative en faveur de Maurras. Encore s’agît-il d’une grâce médicale, et non plénière. Maurras ne recouvrait pas la liberté ; il se voyait placé en résidence surveillée à la clinique de Saint-Symphorien-lès-Tours pour y être soigné, et ne pouvait pas en sortir ; son état l’en aurait empêché de toute façon. Il mourut d’ailleurs huit mois après son transfert.

 

Un procès
singulièrement inique

Charles Maurras avait été condamné à la réclusion perpétuelle pour intelligence avec l’ennemi par la cour de justice (défense de rire) de Lyon le 27 janvier 1945.

On peut s’interroger à bon droit sur cette condamnation, et même sur ce procès lui-même. Il est dit généralement que le maître de l’Action française fut condamné pour « intelligence avec l’ennemi ».

Lorsqu’on songe à la foncière, implacable et définitive germanophobie de Maurras, un tel chef d’accusation donne à sourire, voire, carrément, à rire, et aux éclats.

Plus exactement, l’auteur de l’Enquête sur la monarchie, de L’Avenir de l’Intelligence et de tant de livres remarquables, fut inculpé (à l’époque, on ne disait pas encore « mis en examen », expression faite pour ménager les puissants corrompus devant l’opinion et la justice elle-même) au titre de deux articles du Code pénal : l’article 75 alinéa 5, et l’article 76 alinéa 3. Le premier vise les personnes (ou les groupes) susceptibles d’avoir, en temps de guerre, entretenu avec une puissance étrangère, des “intelligences” en vue de favoriser les entreprises de celle-ci contre la France. Or, répétons-le, Maurras se montra, toute sa vie durant, un ennemi absolu de l’Allemagne, et n’entretint jamais quelque commerce intellectuel ou politique avec ses écrivains et/ou ses dirigeants, quels qu’ils fussent ; et, il observa la même attitude sous l’Occupation (à la différence d’un Jean-Paul Sartre ou d’un André Malraux), même s’il dut alors, pour ne pas s’exposer à la répression de l’Occupant, éviter d’exprimer ouvertement sa haine du Reich. Rappelons, en outre, que Maurras et son équipe choisirent, après la conclusion de l’armistice de juillet 1940, de se replier à Lyon, donc en zone libre, pour éviter de se trouver sous la férule des Allemands, et qu’en août de la même année, ces derniers saccagèrent les locaux parisiens de L’Action française, dont ils saisirent tout le matériel et tous les documents dont ils purent s’emparer. Rappelons également que Maurice Pujo, en 1944, fut arrêté par la Gestapo et passa plusieurs semaines en prison. Les Allemands haïssaient Maurras et L’Action française, dont ils connaissaient parfaitement l’hostilité à leur égard.

L’article 76, alinéa 3, lui, vise les personnes (ou les groupes) accusé(e)s d’avoir participé sciemment à une entreprise de démoralisation de l’armée ou de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale. Là encore, l’accusation se révèle plus que discutable : on ne trouve rien, dans les articles, les déclarations verbales et les démarches de Maurras qui soit de nature à démoraliser l’armée ou la population et nuise à l’effort de guerre et à la défense de la France en 1940. Mais les accusateurs ne s’en tiennent pas aux faits purs. Ces deniers ne prouvant rien, ils les interprètent. Ainsi, ils présentent abusivement et de manière partisane les articles de Maurras parus au moment de la défaite de 1940 comme des actes de démoralisation et de trahison au motif que leur auteur ne manifeste aucune compassion évidente pour sa patrie vaincue et insiste sur la fatalité du désastre, conséquence naturelle d’un régime républicain caractérisé par son incurie foncière. D’autres, comme l’historien américain Eugen Weber cherchent à pallier l’impuissance de la Justice et du Droit à établir la culpabilité juridique de Maurras en chargeant celui-ci d’une culpabilité morale supérieure à cette dernière.

« Objectivement, sinon intentionnellement, Maurras avait trahi son pays, il avait travaillé du côté de ce qui devait devenir celui de l’ennemi ; il était coupable dans un sens plus élevé que celui de la Loi », écrit notre historien[1]. Belle conception de la justice et de la morale que celle qui les subordonne à un parti pris politique !

À l’évidence, le procès de Maurras est un exemple éclatant d’iniquité, et cela, de nos jours, ne fait pas de doute.

Ceci rappelé, il convient de résumer ce que nous pouvons retenir de la pensée et de l’œuvre de l’illustre martégal.

Charles Maurras a produit la théorie la plus achevée du nationalisme français, celle à laquelle il a donné le nom de « nationalisme intégral ». Sa doctrine est si exhaustive que même les nationalistes qui ont voulu échapper à son influence, ont subi cette dernière. Il y a incontestablement un avant et un après-Maurras dans l’histoire du nationalisme français. Avant Maurras, le nationalisme était passionnel, dépourvu d’un corps d’idées cohérent ; et, par là, impropre à une vision claire du monde et à un grand projet politique qui l’aurait exprimée. Des hommes comme Déroulède ou Barrès se sont fait les chantres d’un nationalisme émotionnel et spirituel, mais celui-ci, malgré sa forte présence dans l’âme de notre peuple, n’a pas eu d’incidence déterminante sur notre histoire. Tel n’a pas été le cas de la doctrine de Maurras, qui a défini des fondamentaux que les nationalistes n’ont plus pu ignorer ultérieurement.

C’est le besoin de cohérence qui a inspiré Maurras, homme de raison et d’ordre. Maurras a justement pensé que rien n’était possible sans un ensemble d’idées rigoureusement agencées.

[1]. L’Action française, Hachette, 1995, p. 520.

Le choix d’un
nationalisme rationnel

Maurras s’attache d’abord à expliquer les raisons de son choix politique, celui du nationalisme. Cette option lui paraît s’imposer, au regard de la situation de la France à la charnière des XIXe et XXe siècles. En 1899, au plus fort de l’affaire Dreyfus, notre pays est miné par la désunion, née des affrontements idéologiques et partisans, les institutions démocratiques, qui favorisent ces déchirements, le libéralisme, qui stimule l’individualisme et l’esprit de parti, les utopies humanitaires et universalistes, qui faussent la perception du réel et dévoient la nation, et, partant, l’affaiblissement, et la perversion de la sensibilité, qui tend à exclure la raison de la création littéraire et artistique au profit de l’expression des sens et des sentiments bruts, et instille en nous le goût morbide de la déréliction et de la décadence. Maurras est convaincu que la France, ainsi orientée, s’achemine vers sa décomposition. Il lui indique alors les conditions de son salut.

La première d’entre elles est bien évidemment le souci primordial de l’intérêt national. Ainsi, le nationalisme s’impose d’emblée comme la seule politique légitime. Mais, et en cela, Maurras se démarque de son ami Barrès, de Déroulède et autres, la priorité accordée à l’intérêt national ne peut se soutenir avec succès si ce dernier n’est pas étayé sur une remise en ordre des esprits, de la sensibilité et de la morale. On ne peut rien bâtir de durable avec des esprits qui ne savent pas penser et juger sainement, et dont la sensibilité n’est pas disciplinée par la raison. Le « Politique d’abord » ne peut se révéler efficace que s’il procède du raisonnement et couvre non seulement le domaine traditionnel de l’activité du pouvoir, mais également celui de l’esprit. De ce point de vue, on pourrait affirmer que Maurras prône une véritable révolution culturelle, s’il n’éprouvait pas une aversion irréductible à l’égard de toute révolution. Il conviendrait de parler de restauration, d’une « restauration intégrale », dans tous les domaines de l’intelligence et de l’activité.

Les causes de
la décadence de la France

Le relèvement de la nation impose au préalable une recherche des causes de la décadence. Et cette recherche doit procéder d’une étude objective fondée sur le seul raisonnement, à l’exclusion du sentiment, point sur lequel Maurras s’oppose, encore une fois, à Déroulède ou Barrès.

Les causes du déclin français sont d’ordre avant tout intellectuel et moral. Maurras les trouve dans les idées des “Lumières” du XVIIIe siècle. Ces dernières, utopiques, procèdent d’un dévoiement de la raison. La raison est, par excellence, le champ du relatif, de l’art du possible. La raison dote l’homme de la conscience de son existence, de lui-même, et, partant, lui permet de se construire une personnalité et un caractère. Elle lui permet également, du même mouvement, d’acquérir le sens du réel et de prendre la mesure de la réalité. Par là, elle lui permet de découvrir les moyens de venir à bout des innombrables obstacles que cette réalité oppose à la satisfaction de ses besoins et de ses désirs, et donc de conduire sa vie au mieux, en étant conscient de la relativité de cette réussite, toujours modeste. Elle est donc un inestimable don de la nature, qui distingue l’homme de l’animal. Mais, si indispensable soit-elle, elle n’est qu’un instrument, qui ne confère pas à l’homme la toute-puissance. Et elle devient dangereuse lorsque l’homme la croit omnipotente, et compte sur elle pour s’assurer la maîtrise de l’univers, de ses lois, et de son avenir.

C’est ce qui s’est passé au XVIIIe siècle quand les “philosophes” et leurs disciples ont cru que la connaissance — et plus précisément la science —, pouvait permettre à l’homme l’édification d’une civilisation universelle gouvernée par les lois de la seule raison. Erreur fatale : la raison éclaire, guide l’homme en un monde qui lui reste étranger, hostile, et supérieur en mystère et en force ; elle ne lui permet pas de dominer l’univers et de le soumettre à sa volonté. Maurras fait grief aux “Lumières” du XVIIIe siècle et aux révolutionnaires de 1789 d’avoir dévoyé la raison, l’ayant transformée, d’instrument précieux qu’elle était, en génératrice de malheurs sans précédent, dont les conséquences se prolongent indéfiniment. Il fait remonter l’origine de cette perversion, funeste entre toutes, à la Réforme, voire à la Renaissance, mais exonère en revanche le XVIIe siècle français, celui de Descartes, de Richelieu et de la monarchie absolue de Louis XIV, période qu’il considère, au contraire, comme le zénith de notre civilisation. Par là, il se distingue de maints auteurs contre-révolutionnaires. Il se démarque de Taine qui, dans ses Origines de la France contemporaine[1] (1875-1893), voit précisément l’origine du mal français dans l’esprit classique et étroitement rationaliste du classicisme du XVIIe siècle et l’absolutisme intolérant et centralisateur de la monarchie du Grand Roi, ce que récusera toujours Maurras[2]. Il s’oppose également à Abel Bonnard, lequel vouera Descartes aux gémonies[3]. Maurras se garde de confondre la raison avec l’usage dévoyé et pervers qu’en ont fait les “philosophes” du XVIIIe siècle, puis les révolutionnaires et leurs continuateurs républicains. À ses yeux, la critique de la culture de la raison et de sa fonction nécessaire dans la civilisation et l’agencement de l’ordre politique et social, mène à l’exaltation de la sensibilité, des sentiments et des passions, lesquels, malgré leur importance, deviennent causes d’affaiblissement, de déchéance et de triomphe de la barbarie, à partir du moment où ils ne sont plus tempérés, disciplinés et policés par la raison, justement. C’est pour cela que Maurras tiendra le Siècle de Louis XIV pour le sommet de la civilisation, et la monarchie absolue, fondée sur l’alliance de la foi et de la raison, pour un modèle de gouvernement. Maurras sera l’ennemi de la tyrannie du sentiment et de la sensibilité débridée, en littérature et art (romantisme, symbolisme), et en politique (humanisme, universalisme, démocratie, égalitarisme).

[1]. Spécialement le premier tome, L’Ancien Régime (1875).

[2]. Et, en revanche, le même Taine exonère de toute responsabilité dans la genèse du mal français, la Réforme protestante et l’esprit de libre examen, contrairement à Maurras.

[3]. Cf. Éloge de l’ignorance (1926), Les Modérés. Le drame du présent (1936) et ses articles (notamment dans Je suis partout) de 1942.

 

 Pour une monarchie
héréditaire et catholique

Favorable à un régime de raison, de sagesse, d’ordre et d’équilibre, il se prononcera en faveur de la restauration d’une monarchie héréditaire, non parlementaire, dotée d’un pouvoir fort, mais raisonnablement décentralisée autour des entités provinciales et culturelles particulières, constituée en vue de la défense des intérêts vitaux et de la prospérité et de la grandeur de la nation, mais soucieuse de justice, notamment dans le domaine social. En littérature et en art, ses préférences iront au classicisme français du XVIIe siècle, fondé sur l’héritage gréco-latin. L’indispensable ciment spirituel de cette organisation politique et sociale sera la religion catholique, celle de la France depuis Clovis, et dont Maurras admire le rôle civilisateur et la cohésion morale qu’elle a donnée au pays.

Très nombreux sont les catholiques qui ont reproché à Maurras son agnosticisme de fond et son utilisation politique du catholicisme. En réalité, Maurras demeura imprégné de la foi catholique simple reçue de sa mère, de ses maîtres et du P. Penon, mais il se défia de certains de ses aspects.

Et ici, il convient de tordre le cou à une idée fort répandue, celle d’un Maurras agnostique et paganisant, instrumentalisant le catholicisme à des fins politiques, et donnant de lui une représentation hérétique. Déjà courante dans le clergé, du temps de Maurras, cette idée a longtemps après, été puissamment reprise par un historien, Jacques Prévotat, qui, dans son livre L’Action française. Histoire d’une condamnation, 1919-1939 (2001), affirme que Maurras a “vomi” le Christ, qu’il a célébré les valeurs païennes, et rejeté les vertus chrétiennes d’humilité, de patience, de résignation et d’abandon à Dieu, sources, à ses yeux, de déréliction, d’avachissement et de déchéance. Et cette idée est aussi celle d’un autre auteur, pourtant de sensibilité maurrassienne, François Huguenin, selon lequel le chef de l’Action française a conçu le catholicisme comme une synthèse (qu’il qualifie de “chimère”) du paganisme et du christianisme, prévenant les possibles dérives humanitaristes, individualistes et égalitaristes de ce dernier[1].

[1]. L’Action française. Une histoire intellectuelle, Tempus, 2011.

Maurras défenseur
catholique romain
du christianisme

En réalité, comme l’a précisé Gérard Leclerc[1], Maurras, même s’il n’était pas un catholique pratiquant et fervent, n’a jamais remis en cause les saintes Écritures, qu’il a, au contraire constamment défendues contre toutes les dérives interprétatives possibles. Et il a simplement mis en évidence le caractère nécessaire des exégètes catholiques romains et de l’autorité du pape et de la hiérarchie catholique pour élaborer et défendre un dogme intangible propre à prémunir le christianisme contre ces dérives, d’où sont sorties le protestantisme, le tolstoïsme, le modernisme et toutes les idéologies contestatrices et égalitaristes prétendant se fonder sur les Écritures, celles-ci les autorisant dès lors que les docteurs et autres théologiens romains ne sont pas là pour en livrer le sens véritable et l’imposer aux fidèles. Le christianisme n’a plus d’unité à partir du moment où le dogme romain n’assure plus sa cohérence, et il se dilue alors en hérésies protestantes et humanitaristes. Le catholicisme romain assure son unité et permet son rôle civilisateur. Il est donc l’étai naturel de la monarchie.

La monarchie doit donc être rationnelle et étayée sur une foi catholique solide. Raison et foi sont, et doivent rester, indissolublement liées. Une monarchie de type théocratique ou une monarchie sans base religieuse ne peut se soutenir longtemps.

Ces idées, Maurras les développe dans des livres comme La Politique religieuse (1912), L’Action française et la religion catholique (1913).

[1]. « Charles Maurras, témoin unique du religieux », Cahiers de l’Herne, éditions de l’Herne, 2011, pp. 143-146.

 

Le positivisme comtien
au service de la tradition

Maurras découvre chez Comte le modèle de cette alliance politique de la foi et de la raison. Du fondateur du positivisme, il retient la mise en ordre de la connaissance par la classification rationnelle des sciences, l’idée d’une complémentarité et d’une interférence dialectique permanente entre ces dernières, leur subsomption dans la sociologie et la morale, la finalité éthique du savoir, et une utilisation judicieuse et non exclusivement mathématique de la méthode déductive. En revanche, il récuse la loi des trois états successifs des sociétés et des civilisations[1]. Il refuse également le rejet par Comte de la notion de cause[2]. En cela, il marque la limite de ses affinités avec le positivisme, pour lequel cette notion est anti-scientifique et caractéristique d’un âge révolu de la pensée, qui ne doit s’attacher, désormais, qu’à l’élucidation des lois des phénomènes, celles-ci exprimant les raisons mécaniques de leur succession. Maurras, resté chrétien, et tributaire de la métaphysique et du thomisme, accorde un grand prix à la recherche des causes des phénomènes, notamment dans le domaine historique et social, et il en trouve la cause première dans l’au-delà. Il entend régénérer la pensée contre-révolutionnaire des Maistre, Bonald, Blanc de Saint-Bonnet, par certains emprunts au positivisme comtien, sans l’altérer fondamentalement, et en en conservant l’orientation traditionaliste. Il précise ces points dans son livre L’Action française et la religion catholique (1913), cité plus haut.

Chez Maurras, l’alliance de la tradition et de la pensée philosophique et politique moderne, purement laïque, est constante. En ce sens, le maître de l’Action française n’est ni un continuateur pur et simple des penseurs contre-révolutionnaires du XIXe siècle, ni un simple « royaliste de raison » tel que se définit Eugène Godefroy, un des chefs de la Jeunesse royaliste de France, exclusivement pragmatique et indifférent en matière de religion. Il tient la balance entre politique positive et religion, et ne conçoit pas de les dissocier. La dissociation, à l’en croire, mène à un royalisme tout de nostalgie et de romantisme, axé sur le rêve d’une monarchie idéalisée, à la Chateaubriand (Trois idées politiques : Chateaubriand, Michelet, Sainte-Beuve (1898).

[1]. Il la récuse dans la mesure où, en l’occurrence, il n’existe pas d’antécédent ni de conséquent identifiables et évidents, condition nécessaire à l’établissement d’une loi scientifique.

[2]. Pour Comte comme pour Hume, les lois scientifiques n’énoncent que des successions de phénomènes sans lien causal. La notion de cause est antiscientifique, selon lui.

 

Une monarchie
rationnelle et pragmatique
dans tous les domaines

 

La monarchie restaurée, étayée sur la religion et la tradition, doit avoir le souci du présent. Sa fonction consiste en la défense des intérêts primordiaux de la nation : sa sauvegarde, sa prospérité, son honneur, son influence et son prestige. La résolution des autres questions politiques (justice sociale, notamment) dépend de la défense de ces intérêts fondamentaux.

La raison doit donc prévaloir en politique. Mais elle doit être ordonnée à une fin qui n’est pas politique, mais spirituelle et morale. La France est pour Maurras une entité spirituelle et morale que la raison doit défendre. La politique est l’outil approprié de cette raison, qui lui permet de faire son œuvre. Spirituellement et moralement fondée et inspirée, la monarchie doit vivre suivant une politique rationnelle, indispensable à l’accomplissement de sa mission. Elle doit, sans état d’âme, rationnellement donc, conjurer les périls qui menacent la nation. Ceux-ci, Maurras les voit sous la forme des « quatre États confédérés » pour la perte de la France : les corps étrangers installés en France et inassimilables (les Juifs et les métèques), et les groupes délibérément destructeurs (les protestants, les francs-maçons).

La raison doit prévaloir également dans le domaine des œuvres de l’esprit. Certes, Maurras ne préconise pas d’imposer des règles strictes de création aux écrivains et aux artistes, comme le firent Richelieu, puis Louis XIV, mais il défend bec et ongles un idéal esthétique classique fondé sur la discipline de l’émotion, du sentiment, de la passion, par la raison, afin de promouvoir une civilisation fondée sur l’ordre et la beauté, seule capable d’élever l’homme et de le détourner de l’abandon à la mélancolie et à la déchéance, et de la tentation de la contestation et de la complaisance à l’égard de la décadence. Bien qu’il ne préconise pas une politique culturelle particulière, il combattra résolument le romantisme, l’égotisme, le symbolisme, l’expressionnisme, le naturalisme et le décadentisme. Dans L’Avenir de l’intelligence (1905), livre prophétique, il montrera jusqu’à quel degré d’avilissement de l’esprit et de ses œuvres les plus élevées mènera le libéralisme sans frein, une civilisation livrée à tous les appétits individuels et de masse, lesquels servent les forces de l’argent, appelées à dominer le monde et à lui imposer une forme moderne de barbarie.

 

Une monarchie forte
mais décentralisée

 

L’efficacité de la monarchie implique que le roi gouverne, maître du pouvoir exécutif, avec l’appui de ses ministres, choisis par lui. Maurras admet des conseils spéciaux pour l’élaboration, la discussion et la confection des lois, mais refuse une assemblée élue chargée de faire et de voter les lois, et capable de s’opposer au pouvoir royal.

Cette monarchie n’est pas une dictature césarienne. Maurras emprunte à Bainville sa formule : « Le roi en ses conseils » ; ce qui oblige le roi à solliciter le concours des dits conseils et à tenir compte de leurs avis. Et il ajoute, comme Bainville : « le peuple en ses États ». Car la monarchie, pour autoritaire qu’elle soit, au niveau de l’État, doit accorder une large autonomie administrative et culturelle aux provinces, qui sont le fond vivant et la sève de la nation. Maurras a cette formule : « L’autorité en haut, les libertés en bas ». Partisan d’un pouvoir central fort et non limité par un Parlement ou sa soumission à une élection démocratique, afin de défendre efficacement les intérêts vitaux de la nation, il se montre, en revanche, attaché aux libertés provinciales et communales, et défend les cultures régionales, tout spécialement la langue et la littérature de sa Provence natale. Monarchiste, il est anti-bonapartiste et anti-jacobin.

 

Pour une organisation
corporative
de la vie économique

 

Ce même souci d’équilibre marque sa pensée économique et sociale. Maurras n’entend pas que la monarchie dirige autoritairement la vie économique de la nation. De ce point de vue, il se présente comme un partisan de la libre entreprise, et ne conçoit pas de planification — même souple — de l’économie. Par là, il est résolument anti-socialiste. Cela dit, il est conscient de la réalité du problème social et de la nécessité d’assurer les travailleurs contre les abus de leurs patrons, la pauvreté, la maladie et la vieillesse. Il reconnaît le droit à des conditions de vie et de travail décentes et humaines, à une protection sociale et à une retraite convenable. Pour la reconnaissance de ce droit et des légitimes revendications des travailleurs, il compte sur l’action législatrice, mais aussi, et plus encore, sur une organisation corporative du monde du travail et des employeurs. Il s’en remet donc au système corporatiste conçu par Frédéric Le Play et René de la Tour du Pin, d’inspiration chrétienne, qu’il conçoit organisé dans les cadre de la profession, de la branche d’activité et de la région. Mais il n’admet que des syndicats corporatifs, et s’oppose au syndicalisme révolutionnaire et à l’anarcho-syndicalisme de la fin du XIXe siècle et du début du XXe. Ce n’est qu’avec réserve qu’il approuve la formation du Cercle Proudhon, en 1911, qu’il tient à distance, et dont il finit par se séparer des membres, selon lui, les plus subversifs, tels le jeune Henri Lagrange ou Gilbert Maire. À Georges Valois, trop socialisant à son gré, il préfère Firmin Bacconnier, militant AF de stricte obédience. La résolution de la question sociale, pour lui, n’est qu’une nécessité imposée par le souci de l’unité nationale. L’absence d’une justice sociale minimale suscite la lutte des classes, qui détruit la cohésion de la nation, et fait le lit des révolutionnaires de tout poil, socialistes ou anarchistes.

 

Les caractères généraux de la monarchie
selon Maurras

 

Une monarchie héréditaire incarnée par un roi doté de la plénitude du pouvoir, exécutif et législatif, assisté de ministres et d’une élite éprouvée de jurisconsultes, de chefs militaires, et d’hommes de sagesse, de vertu, de science et de lettres, forte au sommet, mais décentralisée et redonnant vie aux régions, à leurs coutumes, traditions et cultures propres, paternaliste, soucieuse de justice sociale, étayée sur une solide foi catholique défendue par un bon clergé romain, mais toujours rationnelle, logique, pétrie de bon sens, souple et pragmatique, visant la sauvegarde, la prospérité et la grandeur de la nation, tel est l’idéal politique de Maurras. Ce qu’il appelle « l’empirisme organisateur ».

Le théoricien monarchiste du nationalisme intégral refuse délibérément les emballements et les dévoiements du cœur et de la raison, qui mènent l’homme à l’individualisme, au pessimisme existentiel, à l’aigreur, à la révolte métaphysique, puis à la révolte politique et sociale, aux utopies universalistes et égalitaristes, aux révolutions, et, pour terminer, à la décadence et à la ruine de la nation, de la civilisation et de la société.

Il est donc l’ennemi du libéralisme, du parlementarisme (fût-il monarchique, comme en Grande-Bretagne), de la révolution, de la république, du jacobinisme et du césarisme bonapartiste, du radicalisme, du socialisme et de l’anarchisme. Maurras résumera brillamment ses conceptions dans Mes idées politiques (1937).

Le nationalisme maurrassien n’est pas belliciste, au contraire du patriotisme de la Révolution, du Consulat et de l’Empire. Il n’est pas davantage expansionniste, au rebours de la politique coloniale de la IIIe République. À l’instar de la droite des années 1885-1914, de Clemenceau et de maints radicaux, il voit d’un mauvais œil les entreprises coloniales qui privent de forces militaires et de ressources financières la politique de défense de la France. Réaliste, il juge — justement —, en 1914, la France insuffisamment préparée pour ouvrir les hostilités contre l’Allemagne, malgré son souci de la Revanche, point sur lequel il s’oppose à Barrès. Il émettra un jugement analogue en 1938-1939. En revanche, il se montrera partisan d’une offensive contre le Reich lorsque Hitler remilitarisera la Rhénanie en mars 1936.

Antisémite, le nationalisme intégral n’est pas raciste. Maurras dénigre l’explication de l’histoire par le jeu des races, de Gobineau, et le biologisme racial d’un Vacher de Lapouge.

Mais il considère la communauté juive comme un peuple étranger implanté en France et en d’autres pays qui ne sont pas le sien. Estimant ce peuple inassimilable, et que son intégration ne peut se révéler que délétère en raison de l’opposition de culture et d’intérêts existant entre lui et nous, il demande un statut d’étranger installé en France pour les Juifs, qui pourraient vivre paisiblement sur notre sol sans jouir de droits civiques et donc de la possibilité d’accéder à des fonctions publiques civiles et militaires.

Maurras et l’Allemagne

Maurras se veut l’ennemi farouche du peuple allemand. Ce n’est pas faute de le connaître. Le fondateur de l’Action française connaissait assez la langue allemande[1], et parfaitement la littérature et la philosophie allemandes. Il connaissait bien l’âme et la sensibilité allemandes, et considérait qu’elles étaient étrangères aux nôtres. Il connaissait enfin parfaitement l’histoire de l’Allemagne depuis les peuples germaniques antiques, et en déduisait que, par la force des choses, les intérêts allemands entraient fatalement en conflit avec les nôtres. Sur ce point (très certainement discutable), il est en accord absolu avec l’un de ses plus brillants collaborateurs, l’analyste politique et écrivain Jacques Bainville. S’il ne se comportera jamais comme un va-t-en-guerre vis-à-vis du Reich, il recommandera néanmoins la plus grande vigilance à son égard, tant dans les domaines politique et militaire que dans ceux de la pensée et des lettres, aussi bien dans ses nombreux articles que dans ses ouvrages (Kiel et Tanger, 1910).

Cet anti-germanisme d’âme et de cœur aura pour conséquence qu’il éprouvera toujours une forte aversion pour le nazisme, tant pour son attitude vis-à-vis de la France que pour sa conception raciale du Volk et du sang. L’accusation d’« intelligence avec l’ennemi », retenue contre lui à la Libération, est donc aussi saugrenue que scandaleuse.

Synthèse audacieuse de rationalisme et de tradition, de positivisme comtien et de traditionalisme contre-révolutionnaire d’inspiration religieuse, de catholicisme et d’hellénisme paganisant, de pragmatisme et de dogmatisme, le système de Maurras suscita bien des enthousiasmes et des adhésions, mais également bien des réserves, puis des défections, celle de nombreux catholiques (et du Vatican lui-même pendant douze ans et demi, de décembre 1926 à mars 1939).

Néanmoins, quel que soit le jugement que l’on porte sur sa pensée, dont saint Pie X a pu dire en 1914 qu’elle était condamnable mais ne devait pas être condamnée (damnabiles sed non damnandos), le Maître de Martigues donna incontestablement une nouvelle vigueur au nationalisme, et surtout au mouvement monarchiste qui, sans lui, allait vers son extinction.

Paul-André DELORME.
Rivarol 16 novembre 2022

[1]. Il ne parlait pas couramment l’allemand, mais le lisait sans grande difficulté, et en connaissait les subtilités.

70 ans de la mort de Maurras

70 ans de la mort de Maurras

Notre maître Charles Maurras est un monument de la pensée française et sa pensée politique est supérieure aux autres en ce qu’elle proclame le Vrai, le Beau et le Bien. Nous ne répondrons pas, ici, à ceux qui l’ont vilipendé, et tout particulièrement à ceux qui aujourd’hui comme hier essaient de glisser le venin d’une soi-disant incompatibilité essentielle entre la doctrine de Maurras et l’orthodoxie catholique (aussi bien chez les démocrates-chrétiens qu’à la FSSPX). L’objet est ici de donner le goût au lecteur de revenir aux sources : nous vous proposons quelques citations symboliques du Maître de Martigues, sur quelques sujets d’éminente actualité.

Sur la question fondamentale de la laïcité, des rapports entre Dieu et César.

« Il faut définir les lois de la conscience pour poser la question des rapports de l’homme et de la société ; pour la résoudre, il faut constituer des autorités vivantes chargées d’interpréter les cas conformément aux lois. Ces deux conditions ne se trouvent réunies que dans le catholicisme. Là et là seulement, l’homme obtient ses garanties, mais la société conserve les siennes : l’homme n’ignore pas à quel tribunal ouvrir son cœur sur un scrupule ou se plaindre d’un froissement, et la société trouve devant elle un grand corps, une société complète avec qui régler les litiges survenus entre deux juridictions semblablement quoique inégalement compétentes. L’Église incarne, représente l’homme intérieur tout entier ; l’unité des personnes est rassemblée magiquement dans son unité organique. L’État, un lui aussi, peut conférer, traiter, discuter et négocier avec elle. Que peut-il contre une poussière de consciences individuelles, que les asservir à ses lois ou flotter à la merci de leur tourbillon ? » (La démocratie religieuse, 1921)

Sur la lutte de la culture de vie contre la culture de mort, et finalement du Bien contre l’absence de Bien qu’on appelle Mal.

« Tout désormais s’explique par une différence, la plus claire du monde et la plus sensible : un oui, un non. Ceux-là ne veulent pas, ceux-ci veulent, désirent. Quoi donc ? Que quelque chose soit, avec les conditions nécessaires de l’Être. Les uns conspirent à la vie et à la durée : les autres souhaitent, plus ou moins nettement, que ce qui est ne soit bientôt plus, que ce qui se produit avorte, enfin que ce qui tend à être ne parvienne jamais au jourCes derniers constituent la vivante armée de la mort : ils sont l’inimitié jurée, directe, méthodique, de ce qui est, agit, recrute, peuple : on peut les définir une contradiction, une critique pure, formule humaine du néant. (…) Le positif est catholique et le négatif ne l’est pas. Le négatif tend à nier le genre humain comme la France et le toit domestique comme l’obscure enceinte de la conscience privée ; ne le croyez pas s’il soutient qu’il nie uniquement le frein, la chaîne, la délimitation, le lien : il s’attaque à ce que ces négations apparentes ont de positif. Comme il ne saurait exister de figure sans le trait qui la cerne et la ligne qui la contient, dès que l’Être commence à s’éloigner de son contraire, dès que l’Être est, il a sa forme, il a son ordre, et c’est cela même dont il est borné qui le constitue. Quelle existence est sans essence ? Qu’est-ce que l’Être sans la loi ? À tous les degrés de l’échelle, l’Être faiblit quand mollit l’ordre ; il se dissout pour peu que l’ordre ne le tienne plus. Les déclamateurs qui s’élèvent contre la règle ou la contrainte au nom de la liberté ou du droit, sont les avocats plus ou moins dissimulés du néant. Inconscients, ils veulent l’Être sans la condition de l’Être et, conscients, leur misanthropie naturelle, ou leur perversité d’imagination, ou quelque idéalisme héréditaire transformé en folie furieuse les a déterminés à rêver, à vouloir le rien. » (La démocratie religieuse, 1921)

Sur le nationalisme, pour éviter précisément toute confusion du nationalisme intégral de Maurras, de l’Action Française et de toute l’école monarchiste française avec les expressions dévoyées du nationalisme venues de la Gauche et habilement cataloguées par le Système comme étant de droite : fascisme, nazisme, Etat tout puissant, centralisateur, JACOBIN et liberticide.

 « Caractère distinctif du nationalisme français : il est fort éloigné de présenter la nécessité pratique et moderne du cadre national rigide comme un progrès dans l’histoire du monde ou comme un postulat philosophique et juridique absolu : il voit au contraire dans la nation une très fâcheuse dégradation de l’unité médiévale, il ne cesse pas d’exprimer un regret profond de l’unité humaine représentée par la république chrétienne (…) ». (L’Action Française, 25 mars 1937)

« Un nationalisme n’est pas un nationalisme exagéré ni mal compris quand il exclut naturellement l’étatisme (…). Quand l’autorité de l’Etat est substituée à celle du foyer, à l’autorité domestique, quand elle usurpe sur les autorités qui président naturellement à la vie locale, quand elle envahit les régulateurs autonomes de la vie des métiers et des professions, quand l’Etat tue ou blesse, ou paralyse les fonctions provinciales indispensables à la vie et au bon ordre des pays, quand il se mêle des affaires de la conscience religieuse et qu’il empiète sur l’Eglise, alors ce débordement d’un Etat centralisé et centralisateur nous inspire une horreur véritable : nous ne concevons pas de pire ennemi. » (L’Action Française, du 19 juillet 1938)

Et au soir de sa vie, prisonnier de la République rétablie dans toutes ses prérogatives de destruction, il écrivait à Pierre Boutang cette exhortation testamentaire magnifique.

« Nous bâtissons l’arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l’air, ni les institutions des leurres inconsistants, ni les lois des brigandages, les administrations des pilleries et des gabegies, où revivra ce qui mérite de revivre, en bas les républiques, en haut la royauté et, par-delà tous les espaces, la Papauté ! Même si cet optimisme était en défaut et si, comme je ne crois pas tout à fait absurde de le redouter, si la démocratie était devenue irrésistible, c’est le mal, c’est la mort qui devaient l’emporter, et qu’elle ait eu pour fonction historique de fermer l’histoire et de finir le monde, même en ce cas apocalyptique, il faut que cette arche franco-catholique soit construite et mise à l’eau face au triomphe du Pire et des pires. Elle attestera, dans la corruption universelle, une primauté invincible de l’Ordre et du Bien. Ce qu’il y a de bon et de beau dans l’homme ne se sera pas laissé faire. Cette âme du bien l’aura emporté, tout de même, à sa manière, et, persistant dans la perte générale, elle aura fait son salut moral et peut-être l’autre. Je dis peut-être, parce que je ne fais pas de métaphysique et m’arrête au bord du mythe tentateur, mais non sans foi dans la vraie colombe, comme au vrai brin d’olivier, en avant de tous les déluges. » lettre à Pierre Boutang, 1952

Mensonge démocratique : la preuve par Reynouard

Mensonge démocratique : la preuve par Reynouard

Vincent Reynouard est cet ingénieur chimiste qui s’est pris un jour de passion pour l’histoire de la seconde guerre mondiale. Il a étudié le massacre d’Oradour sur Glane et son analyse l’amène à dire que les choses ne se sont pas passées comme on l’affirme d’ordinaire. Il s’est penché, faisant suite à Robert Faurisson, sur les récits qui racontent le sort des juifs d’Europe entre 1940 et 1945, ce que l’on nomme couramment la Shoah, ou l’Holocauste, et, là aussi, il conclut que beaucoup sont faux et que la mémoire n’a pas encore fait place à l’histoire.

Or, en France, une loi votée en 1990, la loi Gayssot, condamne cette façon de faire, sous la qualification de contestation de crime contre l’humanité. C’est pourquoi Vincent Reynouard a été condamné plusieurs fois par la justice française depuis 1992, dont une fois à un an de prison ferme, ce qui l’a poussé à fuir en Belgique, et depuis 2008 par la justice belge. Il a été traqué en 2009 par deux journalistes chevaliers blancs belges, Frédéric Loore et Manuel Abramowicz, ce qui a mené à son arrestation et son extradition vers la France le 9 juillet 2010.Il a purgé en 2011 neuf mois de prison à Valenciennes.

Ca ne l’a pas empêché de récidiver. Trois condamnations l’ont frappé en 2015 et 2016, dont deux définitives, l’une par la cour d’appel de Caen, un an de prison ferme, l’autre par la cour d’appel de Paris, deux mois ferme. Il s’est réfugié en Grande-Bretagne, où n’existe nul équivalent de la loi Gayssot. Recherché par la police britannique en 2021, il entra à nouveau dans la clandestinité. Il vient d’être arrêté près d’Anstruther, port de pêche au nord d’Edimbourg où il vivait sous une fausse identité, grâce au pistage effectué par l’Office central de lutte contre les crimes de haine (OCLCH) dirigé par un général, Jean-Philippe Reiland. Malgré l’absence de délit commis en Angleterre, Reiland « a pu convaincre les Britanniques d’aller le chercher » en vertu d’un texte qui permet l’extradition des étrangers condamnés à un an de prison au moins chez eux.

Vincent Reynouard est ce qu’il est. Il se revendique national-socialiste. Ce n’est pas ma marque préférée. Il s’est dit sédévacantiste. Ce n’est pas ma marque préférée non plus. Il est maintenant anti-catholique. Ce n’est toujours pas ma marque préférée. Il pense que la Shoah n’a pas eu lieu. C’est son droit. Il le dit. Ce n’est plus son droit. Certains pensent qu’il est fou, d’autres qu’il est sot, mal informé. En tout cas, il ne ment pas. On ne passe pas des mois en prison, des années en cavale, pour le plaisir de mentir. Paul-Eric Blanrue a lancé une pétition en sa faveur au nom de la liberté d’expression. Je ne l’ai pas signée en disant pourquoi : je n’y crois pas, parce que je ne l’ai jamais vue nulle part, c’est un simple slogan révolutionnaire qui a servi à la « démocratie » à s’installer.

Ce qui se passe aujourd’hui en donne la preuve. Les anglo-saxons sont très fiers de leur « état de droit ». Le royaume-uni se veut toujours le pays de l’habeas corpus et de la magna carta réuni, champion des libertés individuelles et tutti quanti. Tu parles ! Malgré le Brexit les bobines ont trouvé un prétexte pour livrer un dissident politique à ses poursuivants. Car le « crime de haine » dont on accuse Reynouard est un solécisme abusif mal transcrit de l’anglais « hate crime », qui recouvre un éventail de méfaits allant de la contravention au crime en passant la plupart du temps par le délit. En publiant ses opinions, fussent-elles fausses, sottes ou coupables, Reynouard n’a commis nul « crime », mais un délit. Certaines opinions, le racisme, le « négationnisme » sont devenus des délits, ce qui permet de les sanctionner sans tomber dans le délit d’opinion.

Ce tour de passe passe juridique résume nos démocraties occidentales. Un système, officiellement appuyé sur les libertés individuelles, se trouve en effet gêné aux entournures quand il interdit expressément, par une loi telle la loi Gayssot, l’expression d’une opinion sur l’histoire. Il nie dans les faits ce qui le fonde en principe. C’est en cela que l’affaire Reynouard est capitale. Elle fait la preuve que nos « démocraties libérales » sont une misérable hypocrisie, qui ne garantissent pas mieux les libertés de leurs sujets que la « démocratie illibérale » du diable Poutine. Bien sûr, réclamons l’élargissement de Reynouard. Mais sachons surtout répéter ce que quelqu’un a déjà dit : la démocratie c’est le mensonge, « la démocratie c’est le mal, la démocratie c’est la mort ».

Martin Peltier 

L’AF présente à la fête du pays réel

L’AF présente à la fête du pays réel

R

Fête du Pays réel

Vous souhaitez découvrir ou vous rapprocher de l’Action Française et de sa doctrine de salut national ?

 

Venez nous rencontrer samedi 19 novembre A RUNGIS !

 

L’AF tiendra un stand à la fête du Pays Réel, organisée par Civitas où vous pourrez trouver de la documentation, du matériel militant, un grand choix de drapeaux ainsi que les trois premiers livRes de notre maison d’édition

 

Charles Maurras

Charles Maurras, du félibrige au nationalisme intégral par Philippe Champion

 

Le petit monde de Léon Daudet  par Philippe Champion

 

 

Jacques Bainville

Jacques Bainville, la sagesse politique d’un gentilhomme des lettres

        par Gérard Bedel   

10 novembre 2007, disparition de Pierre Pujo

10 novembre 2007, disparition de Pierre Pujo

Le 10 novembre 2007, Pierre Pujo rendait son âme à Dieu. Voici l’extrait d’un discours prononcé après les évènements de mai 1968. Pujo brosse énergiquement, en quelques mots, les traits contre-révolutionnaire et dynamique de notre grande mission politique. Ce qu’il dit des gauchistes de l’époque se rapporte aussi, de nos jours, au monde de Droite et d’extrême-Droite, à la bourgeoisie des privilégiés et aussi aux « cathos », tous incapables ou peu désireux de remonter aux causes institutionnelles des maux dont nous souffrons.

Profondément positifs et actuels, les propos de Pierre Pujo rompent avec l’image bêtement réactionnaire qu’on voudrait accoler à l’A.F. Il n’est pas question ici de faire l’archéologie d’un régime défunt (l’Ancien Régime), mais de bâtir pour l’avenir un Ordre humain harmonieux et conforme à notre nature de Français. Quoi de plus réaliste, comme programme?

« Nous sommes des contestataires et même nous poussons la contestation plus loin que les marxistes. Nous allons, en un sens, plus loin que les enragés, car s’ils dénoncent les défauts et les tares du régime actuel, ils ne s’en prennent pas aux causes. Ces causes, nous les dénonçons depuis toujours : ce sont la démocratie et les idéologies démocratiques. Ce sont elles qui ont désorganisé l’Etat, détruit la société française, intoxiqué la jeunesse, mené la France sur le chemin des catastrophes et de la décadence.

Par ailleurs, tandis que les révolutionnaires font de la contestation un instrument du matérialisme dialectique, nous autres, à l’Action française, nous contestons ce qui est mauvais pour obtenir un bien, pour restaurer une société française harmonieuse et prospère. Telle est notre contestation nationaliste. Notre souci primordial est la survie de cette communauté historique millénaire qu’est la France et qui est faite non seulement des Français vivants, mais aussi d’un milliard de Français morts et d’autant à naître.

C’est pourquoi, si nous pouvons nous dire les véritables contestataires, nous sommes aussi les véritables défenseurs de l’ordre. Nous indiquons les conditions d’une restauration d’un ordre vrai et national où s’épanouiraient les libertés sous un Etat fort, continu et respecté parce qu’accordé à la légitimité profonde du pays.

Ce que nous voulons, c’est restaurer à tous les échelons une légitimité. Il faut remettre en place de véritables autorités appuyées sur les notions de compétence et de responsabilité.

Ainsi nous indiquons les causes du mal et aussi les remèdes. Et nous le faisons depuis 70 ans ce mois-ci que les deux mots Action française apparaissent pour la première fois dans un journal en tête d’un article sous la signature de Maurice Pujo.

Ce que nous disons, on n’est pas libre de le refuser. Nous ne sommes pas un parti voué à la défense d’une certaine idéologie, ou de préférences sentimentales arbitraires. Notre mission est de défendre la vérité politique, et la vérité politique existe. Si l’on n’en tient pas compte, il faut être prêt à voir surgir les catastrophes, car les faits ont leur logique propre et si on les néglige, selon le mot de Paul Bourget, ils se vengent, ils se vengent toujours.

Vous voyez donc la grandeur de notre mission au service de la France, contre la révolution et ses complices. Il nous appartient de faire de la force d’Action française.

Nous sommes une minorité : qu’importe. Les groupuscules de Nanterre étaient cette année moins nombreux que nous.

Il nous revient de conduire les Français, qu’ils soient contestataires ou désireux d’ordre – et parfois ce sont les mêmes – vers les solutions qu’appelle le salut public. Aux aspirations du pays réel, à son désir de libertés, d’ordre, de participation, nous apportons les réponses qu’il attend inconsciemment. Nous voulons restaurer – ou instaurer – cet ordre communautaire à la base et monarchique au sommet qui seul est conforme au génie de la France et permettra demain le redressement national. »

Pierre PUJO, propos tenus en  1968

La Nouvelle droite ou la gangrène de la dissidence française

La Nouvelle droite ou la gangrène de la dissidence française

Il y a quarante ans se produisit un événement politique dont l’importance est aujourd’hui saisissante, un débat organisé et enregistré entre le célèbre philosophe chrétien Gustave Thibon, alors quasiment octogénaire, et le néopaïen post-national Alain de Benoist, chef de file d’un nouveau courant que l’on appelait, déjà, sans vergogne, « Nouvelle droite ». Disons-le d’emblée, cette rencontre orchestrée par une frange de royalistes aventureux fut davantage qu’une erreur, une faute. Car elle n’était ni plus ni moins qu’une façon d’introniser Alain de Benoist et la mouvance qu’il représentait dans la famille de la droite nationale alors même qu’ils s’y opposaient d’une manière franche. A quoi pouvait donc bien servir ce débat ? Il ne pouvait appuyer qu’une chose : la promotion du patron du GRECE alors même qu’il n’était connu que par les lecteurs du Figaro Magazine et de ceux… de Libération.

En effet, en 1979, sous l’égide du répugnant Serge July (qui publia par ailleurs dans son torchon plusieurs articles faisant l’apologie de la pédophilie), Libération chargea le militant homosexualiste et pro-pédophile (ami et parfois collaborateur de Gabriel Matzneff) Guy Hocquenghem d’écrire plusieurs papiers sur les activités grécistes. Dans ses articles sur le sujet, Guy Hocquenghem (militant soixante-huitard, gauchiste et pédofriendly qui mourra du sida en 1988), dépeint un courant de pensée « dynamique » envers lequel il semble admiratif. Il fut si ostensiblement séduit par la mouvance néopaïenne, qu’il heurta une partie du lectorat de Libé et provoqua un scandale que tout homme intéressé par la vie des idées, a fortiori tout intellectuel, n’avait pu ignorer. Deux textes en particulier défrayèrent la chronique : «Contre, tout contre “la nouvelle droite” (I)» et «Contre, tout contre “la nouvelle droite” (II) : de l’éthologie à l’écologie». Hocquenghem avoua alors être attiré par « l’immoralisme foncier » de Benoist et de ses amis même s’il faisait mine de concéder ne pas savoir ce qui se cachait « réellement » derrière tout cela. A notre avis, il en savait à ce sujet beaucoup plus que Gustave Thibon.

Catholique, Gustave Thibon l’était, mais il avait fait sienne la conception guénonienne de la tradition et se refusait d’appartenir à tout courant politique. Certains hommes, et même de grands hommes, ont besoin de cela pour se sentir libres. En réalité, cette liberté qui est, certainement, selon nous, une sensation de liberté, est parfois plus dangereuse que l’idéologie la plus charpentée. Gustave Thibon, qui se plaisait à imiter Charles Maurras comme Thierry Le Luron imitait François Mitterrand, n’était pas maurrassien et n’était pas non plus nationaliste. Royaliste à l’image d’un Joseph de Maistre, il n’avait d’évidence pas un esprit politique, et s’il avait une façon de voir le monde bien à lui, il n’avait pas, pour lire la scène politique, de grille de lecture efficiente. Au demeurant, peut-être n’avait-il pas complètement compris Maurras comme en témoigne son silence devant les mensonges d’un Alain de Benoist faisant passer le maître du nationalisme intégral pour le défenseur d’un catholicisme sans foi, ce qui est absurde. Et Maurras d’avoir toujours précisé comme une évidence qu’il ne saurait y avoir de catholicisme sans foi. Une ineptie qu’il était facile, par conséquent, d’isoler puis de condamner pour un homme appréhendant dans toute son ampleur l’œuvre du Martégal. Prétendre que Maurras prônait un catholicisme sans foi est en effet tout aussi stupide que de prétendre qu’il aurait défendu un nationalisme sans patriotisme !

« Débattre » avec Alain de Benoist, c’était donc laisser accroire que l’« Immoral » avait quelque chose de constructif à apporter à toute une mouvance qui avait des yeux de Chimène pour Gustave Thibon. C’était aussi le laisser immanquablement mentir et séduire une partie de son public. Débattre avec Benoist, c’était in fine le laisser commettre un hold-up sur une partie de la mouvance de la vraie droite.

C’est encore en 1982 que René Rémond, le célèbre historien, publia son fameux ouvrage « Les droites en France » qui dresse d’une manière un peu téméraire une typologie des droites en s’appuyant sur une généalogie des idées parfois erronée. Il n’est pas question ici de relire tout son livre, nonobstant intéressant à plus d’un titre, mais de relever un détail (fallacieux) qui en dit long sur l’inlassable publicité, ici incongrue, faite à un courant artificiel qui a le goût de la nouveauté sans être « révolutionnaire », et qui se réclame de la droite sans en être. René Rémond, un historien du Système s’il en est, ose écrire dans ce livre (qui passe pour une référence absolue en histoire politique) ces propos incroyables :

« Chaque grande tradition de pensée engendre des courants subsidiaires qui se détachent graduellement du tronc principal pour vivre ensuite d’une existence autonome. La droite contre-révolutionnaire s’est ainsi périodiquement renouvelée. L’école qui fait depuis quelques temps parler d’elle sous le nom de Nouvelle droite ne serait-elle pas un de ces surgeons et le dernier avatar du phénomène récurrent des jeunes droites, la précédente étant l’Action française ? » (P. 282).

Pas moins ! Attention, le coquin va encore plus loin, ouvrez bien les yeux. Selon lui, Alain de Benoist lui-même pourrait être tout simplement le « Charles Maurras de sa génération » !  Ses arguments en faveur de l’analogie sont, c’est le moins que l’on puisse dire, assez faibles : même goût de l’élitisme, argumentations « scientifiques » (qui ont l’aspect de la scientificité), prétendu anti-individualisme dans les deux mouvements. Ces caractéristiques vraies ou prétendues n’ont trait qu’à la forme des deux mouvances comparées. C’est peu, bien peu pour s’autoriser cet exercice, et c’est indigne d’un spécialiste des idées politiques.

Les points de divergence entre la Nouvelle droite et l’Action Française sont en effet, quant à eux, essentiels. L’Action Française prône le catholicisme, la Nouvelle droite le combat. L’AF veut un Etat fort, la Nouvelle droite le dénigre. L’AF rejette l’Europe fédérale, la Nouvelle droite en fait l’apologie. L’AF loue le patriotisme, la Nouvelle droite le méprise. Et que dire du multiculturalisme de la ND (moins mis en avant ces derniers temps) qui s’oppose au régionalisme tempéré (celui du Pays réel) promu par l’AF et chanté par Maurras ? En fait, tout oppose le nationalisme (en particulier celui de Maurras) à cette Nouvelle droite qui ne fut toujours, finalement, qu’une machine à subvertir de l’intérieur les militants nationaux et à diluer tous les principes transcendants et salvateurs. Aussi bien à l’intérieur même du Front National qui allait percer en 1983 que dans les diverses publications de la droite nationale ou dite nationale qui étaient bien moins rares qu’aujourd’hui.

Alain de Benoist ou la gueule de la gangrène de la droite

Au-delà des disparités idéologiques, plus grave que les idées antagonistes ou les préceptes vendus sur papier glacé, sur France culture (Alain de Benoist y eut un temps son rond de serviette), on retrouve le relativisme instillé sournoisement par la Nouvelle droite qui, derrière un nietzschéisme de façade, casse tout principe, toute transcendance et tout repère afin de dépouiller l’homme de sa foi, de son patriotisme et de sa boussole morale. Il est impossible d’exprimer autrement l’inlassable réclame, qu’elle fait depuis sa création, des auteurs pédophiles : Hocquenghem, Albert-Weil, Gripari, un tas d’auteurs souvent médiocres sur le plan strictement littéraire mais qui sont tous d’immenses pervers obnubilés par la figure de Satan.

Pendant plus de quarante ans, ces imposteurs ont diffusé les pires horreurs au nom de l’anticonformisme un jour, au nom du paganisme un autre, toujours en se proclamant intellectuellement libres.

Quand on lit, quand on relit la tonne d’articles consacrés aux pires pédophiles que la Gueuse a couvés (Mitterrand n’était-il pas le protecteur de Gabriel Matzneff ?) dans les magazines liés de près ou de loin à la Nouvelle droite, on constate que toutes les recensions des livres écrits par ces scélérats sont magnifiées et que toute la saloperie qui émanent de leurs lignes est alchimiquement transformée en « politiquement incorrect » qu’il faudrait boire comme un nectar ! Comme si le courage politique, celui qui se révèle dans la confrontation, était semblable au demi secret cultivé par ces sombres usurpateurs. Aujourd’hui, la même engeance poursuit ses menées et on trouve, encore, de prétendus nationalistes et de prétendus catholiques pour se mélanger avec elle. A quand le feu purificateur ?

Valentin Barnay

ACTUALITÉ DES IDÉES DE CHARLES MAURRAS

ACTUALITÉ DES IDÉES DE CHARLES MAURRAS

Maurras est mort en 1952. Soixante-dix ans plus tard son spectre trouble encore le sommeil des dirigeants de la République. L’on se rappelle, il y a quelques années, de la regrettable–mais non regrettée-dame Kosciusko Morizet qui accusait un conseiller de Nicolas Sarkozy de travailler non pour son patron mais pour Maurras. L’on se souvient aussi de l’exclusion de Maurras de la liste des commémorations nationales en vertu d’une censure imposée par les politiciens …Ces marques d’hostilité ont tout au moins un intérêt : elles prouvent la survie et la vitalité de la pensée maurrassienne, qui est toujours cause de soucis pour ses adversaires, ces « hommes petits » qui crient de grands mots et créent de grands maux.

Et de fait, si l’on regarde notre triste actualité, l’on constatera que les mêmes causes produisant les mêmes effets, les méthodes d’analyse et souvent les conclusions de Maurras restent intangibles et s’inscrivent en faux contre les utopies politiciennes. Tout d’abord l’attachement à la Nation. Les errements de ces dernières décennies ont montré l’utopie de la prétention du dépassement du cadre national. Ainsi l’Europe, qui a pu sembler une possibilité de renforcement de l’Occident, est-elle devenue un carcan. Là où de bonnes alliances, comme Maurras les préconisait dans le Soliloque du Prisonnier, pouvaient être utiles ou nécessaires, la montée d’un pouvoir supranational s’est avérée et s’avère de plus en plus comme nocive et contre-productive. L’Europe n’a pas comblé le vide de la politique nationale, dont elle a au contraire accru l’inefficacité. Un exemple : l’immigration. La France ne contrôle plus rien et l’Europe ne contrôle pas à sa place, mais entrave au contraire toute réaction nationale. De même grâce à l’Europe, nous paieront bientôt l’électricité –que nous produisons grâce aux centrales nucléaires– plus cher que si le marché restait national.  La France possède encore une agriculture, une zone maritime enviable, une dissuasion nucléaire… Ces atouts sont susceptibles d’être remis en cause par l’européisme technocratique. Et les institutions nationales ou prétendues telles se plient aux ordres internationaux : qui sait qu’une grande partie de notre législation provient par exemple, de directives européennes dont l’origine n’a rien de démocratique (ni de monarchique bien sûr) ?

La même analyse peut être faite à l’égard du mondialisme : au nom de la prétendue sécurité sanitaire ou de l’écologie, l’on prépare un monde calibré par une oligarchie de pseudo sachants, armés d’ordinateurs et de procédés de reconnaissance faciale. La démocratie –formatée par les faiseurs d’opinion médiatiques– sert désormais simplement à donner une approbation au système. Elle est apparente. L’on dira qu’il n’y a rien de nouveau : Maurras avait en son temps dénoncé les « quatre états confédérés » qui servaient de piliers à la République, et considéré que la démocratie proclamée était en fait pilotée par une oligarchie cachée. La différence est que l’oligarchie est désormais mondialisée (donc encore plus puissante) et qu’elle exerce son pouvoir à travers les organisations internationales, les O.N.G., les médias, les sociétés secrètes ou les réunions de grands dirigeants… Maurras disait que le suffrage universel était conservateur : cela reste vrai, mais il est désormais conservateur des normes imposées par un totalitarisme sournois. L’oligarchie mondialiste décide et les diverses structures démocratiques se bornent à ratifier. De même, inconnus du peuple jusqu’à leur émergence, les dirigeants sont présélectionnés (notamment par les Américains ou les Chinois– (Cf Emmanuel Macron ou Olivier Véran).

Jusqu’au milieu du XXe siècle tout le monde admettait encore un certain ordre naturel. Maurras disait aussi que les éléments se riraient des ambitions humaines tant que l’on ne toucherait pas à l’eau, à l’air ou à l’astre… Mais nous vivons en pleine période prométhéenne et certains hommes croient que tout est permis et que tout est possible. L’on se trouve actuellement ballotté entre les excès de l’industrialisme et ses catastrophes (la mer d’Aral, les catastrophes type Seveso, l’extraction du gaz de schiste) et ceux de l’écologisme et de ses prolongements antispécistes et végan qui vont jusqu’à vouloir éradiquer l’espèce humaine… Certains prétendent même changer l’homme lui-même : procréation artificielle, famille unisexe, mélange interracial total, clonage, robots… La crise sanitaire a constitué un banc d’essai pour cette transformation de l’homme : projet de marquage général et de suivi constant… A l’usage, l’on voit bien que la Nation est la seule digue possible et subsistante, face à ce déferlement mortifère. L’instinct populaire le sent bien d’ailleurs, qui tend à demander la protection de l’État lorsqu’il perçoit une menace. Malheureusement la République, plutôt qu’une mère, est une marâtre qui confine et qui vaccine sans songer aux conséquences… Et l’on retombe ici sur l’irresponsabilité des pouvoirs électifs, constamment dénoncée par l’Action Française. S’ils sont responsables, c’est envers leurs maîtres occultes, mais non envers les peuples…

À la différence de nos politiciens qui se réfèrent souvent à cet héritage, le rejet de la Révolution française, de ses pompes et ses œuvres, est un aspect essentiel et toujours valable de la doctrine de Maurras. Il disait que « la tradition est critique. », se différenciant en cela de son ami Barrès, qui reconnaissait des mérites à toutes les périodes de l’histoire de France. Maurras n’hésitait pas, pour sa part, à en retrancher les mauvaises périodes, celles qui manifestaient un recul du génie national. Vu sous cet angle, Robespierre fait partie de notre histoire, mais non de notre Panthéon particulier !

Évoquons encore le régime politique. La Ve République a pu faire illusion pendant quelques décennies. Néanmoins les dernières présidences, Sarkozy, Hollande, Macron, traduisent le désarroi d’un corps électoral qui ne sait plus à quel saint (?) se vouer. Alors que la tranquillité du pays nécessiterait un pouvoir traditionnel incontesté, pour faire face aux défis contemporains, l’on a affaire à une succession d’expériences plus ou moins ratées et à une absence croissante d’unanimité nationale. La monarchie élective qu’est la Ve République cumule les défauts dans lesquels peut tomber un pouvoir monocratique avec les entraînements démocratiques… Plutôt que la foire d’empoigne de l’élection présidentielle, et face au discrédit dans lequel sont tombés les partis, la solution maurrassienne – le Roi en ses conseils, le peuple en ses états– apparaît comme celle qui comblerait les attentes du peuple français. Mais le pouvoir médiatique est un énorme obstacle qui se dresse entre ce peuple et la connaissance de cette solution. Déjà, dans l’Avenir de l’Intelligence, Maurras montrait que « qui dirige l’opinion publique est le roi de tout. » L’on mesure la difficulté qui existe pour tenter de redresser cette situation…

À l’époque du Maréchal, Maurras, interrogé sur ce dont la France avait besoin, avait répondu: « une bonne armée et un bon clergé. » La direction ainsi indiquée reste vraie. Et, au-delà de l’armée, les citoyens conscients doivent se grouper autour de l’idéal national, et, au-delà des clercs, les laïcs catholiques doivent prendre en main leur rôle dans la cité. Et quant aux valeurs, Maurras nous incite encore à tenir le fil qui nous unit à nos ancêtres. Agnostique lui-même pendant la plus grande partie de sa vie, il n’en reconnaissait pas moins dans le catholicisme « le temple sacré des définitions du devoir ». Malgré les errements de la hiérarchie catholique, Maurras (qui avait pourtant subi l’abusive et maladroite condamnation de l’Action Française en 1926) estimait que la doctrine catholique traditionnelle constituait un pilier essentiel de la vie sociale. C’est en ce sens qu’il faut comprendre son expression « l’Eglise de l’ordre », et son rejet du protestantisme dont l’individualisme lui apparaissait porteur d’anarchie. Ici encore, le redressement nécessaire passe par le chemin indiqué par le Maître.

L’empirisme organisateur de Maurras, –c’est-à-dire l’inlassable méditation de notre présent à la lumière des expériences du passé– doit rester notre méthode d’analyse et notre guide pour affronter les défis toujours plus grands de l’actualité. Appuyés sur les deux valeurs que sont l’héritage national et la doctrine de la Chrétienté, nous devons constituer des îlots de résistance face à la corruption généralisée.

Et pour conclure ces quelques réflexions, nous rassemblerons la phrase du Maître, « le désespoir en politique est une sottise absolue. » et celle de Jeanne d’Arc « les hommes d’armes combattront et donnera la victoire. »

François Marceron.  

Mise au point du Docteur Charles : Non, Boutang n’est pas un maître !

Mise au point du Docteur Charles : Non, Boutang n’est pas un maître !

Pierre Boutang prétendait avoir appris à lire dans l’Action Française. Plus tard, il devint agrégé de philosophie puis enseignant. En même temps, il militait à l’AF.

D’abord maréchaliste pendant la guerre, il rejoignit le général Giraud à Alger. Epuré à la Libération, il devint un des rédacteurs d’Aspects de la France, l’hebdomadaire d’Action Française fondé en 1947 par Georges Calzant. Mais en 1955, Boutang fonda à son tour un nouveau journal : la Nation Française, concurrent d’Aspects. Ce journal se réclamait, certes, des idées de Maurras, mais avait une attitude plus souple vis-à-vis du personnel de la République.

Très vite, ce fut une feuille de propagande gaulliste, réclamant, juste après le 13 mai 1958, le retour de de Gaulle au pouvoir et faisant ensuite des amabilités à l’UNR. Le pire fut atteint lorsque Boutand accompagna de Gaulle dans sa célèbre « tournée des popotes ».

Il s’agissait de convaincre les officiers présents sur le terrain en Algérie de ne rien tenter pour garder cette terre à la France. Le résultat en fut le massacre des Harkis, l’exode catastrophique des Pieds Noirs et la perte de la souveraineté française au sud de la Méditerranée.

Mais il y a quand même une justice : les lecteurs abandonnèrent la Nation Française qui cessa de paraitre en 1967. Son aventure journalistique terminée, Boutang fut réintégré dans l’Université, grâce dit-on à l’appui de barons du gaullisme.

Boutang est même devenu maître de conférences à la Sorbonne après avoir renouvelé son abandon de l’antisémitisme.

En conclusion, il est possible que Boutang n’ait pas eu l’intention de rompre philosophiquement avec Maurras, mais en politique, la séparation est totale. Contrairement à ce que suggérait Boutang, de Gaulle n’a pas rétabli la Monarchie mais nous a laissé la Vème République dont l’échec est désormais évident et total.

 

Docteur André Charles, Président du Comité Directeur