III- RÉFORMER OU SORTIR

“Négatifs” ?

Je me suis efforcé de montrer les évolutions désastreuses de l’Union européenne (I), et le mépris dans lequel, jusqu’à présent, étaient tenues les résistances à cette évolution (II). On pourrait en induire un reproche, fait parfois aux patriotes que nous sommes, rebaptisés “souverainistes”, voire “populistes”, de n’avoir que des positions  “négatives”. On aurait tort. Dit-on du médecin qu’il est « négatif », au motif qu’il passe son temps à combattre la maladie ? Les nationaux ont raison de vouloir empêcher le train fou qu’est aujourd’hui devenue l’Union Européenne d’aller dans le précipice. Et plus raison encore, si elle y va, de vouloir sauter du train en marche. Que l’augmentation indéfinie des domaines d’intervention, véritable machine à broyer les identités nationales, se trouve bloquée, n’aurait de soi, aucun caractère «négatif».

Ne garder que ce qui doit l’être

Par ailleurs, nous sommes des gens parfaitement raisonnables, et nos positions ne conduisent pour nos pays à la perte d’aucun bénéfice. Nous ne voulons porter aucune atteinte à ce qui relève des perfectionnements du «droit des gens européen» que j’évoquais précédemment, et notamment : au principe de l’intangibilité des frontières, à l’arbitrage pacifique des différends, à la sécurité mutuellement garantie, et, pourquoi pas, à la concertation entre les délégués des peuples d’Europe, ministres ou parlementaires. Il n’est pas anormal qu’ils se rencontrent, et même se concertent, pour discuter des intérêts qu’ils peuvent avoir en commun, et confronter leurs positions. Ce n’est pas cela que nous attaquons.

Renégocier

Sur l’Union Européenne telle qu’elle existe aujourd’hui, nous exigerons la renégociation des traités, dans un premier temps. Que l’on ne vienne pas nous dire que c’est utopique ou impossible. La France a, dans le passé, pratiqué la politique dite « de la chaise vide », et elle avait obtenu le « Compromis de Luxembourg », qui lui donnait satisfaction. Après le “Brexit”, qui malheureusement n’a pas servi de leçon, l’Union européenne ne pourrait pas affronter un “Frexit”. Il suffit de regarder une carte. La Grande-Bretagne occupait en Europe une position périphérique ; son adhésion était tardive ; l’Union avait très bien fonctionné sans elle durant des décennies. Au contraire, la France est un des six membres fondateurs, et elle occupe une position centrale. L’Union ne peut se permettre de la perdre. Agiter la menace d’une sortie nous permettra d’obtenir de substantielles avancées. Nous aurions d’ailleurs, sur la défense des libertés nationales, des alliés : l’Italie sans doute, l’Autriche, les pays d’Europe centrale et orientale, certains aujourd’hui regroupés dans ce que l’on appelle le “Groupe de Visegrad”.

Pour bloquer d’ici là l’application sur son territoire des normes européennes les plus délirantes, la France pourrait parfaitement mettre en oeuvre cette clause de réciprocité contenue dans l’article 55 de sa constitution, jamais invoquée jusqu’à présent. Il ne manquerait pas de motifs, ne serait-ce que les illégales manoeuvres que j’ai décrites menées contre Strasbourg, en violation des traités,…

Arrêter l’inflation

Quelles politiques pourrait-on mettre en oeuvre, dans cette coopération rénovée ? La renégociations visera à faire enfin cesser la boulimie de compétences de l’Union européenne. Ceci implique une rupture nette avec l’inflation normative qui prévaut actuellement. Nous devons exiger la simplification et la codification du droit européen, à l’opposé de ces textes verbeux, fumeux, surabondants, précédés d’innombrables “considérants” inutiles, surchargés de considérations idéologiques…

Projets précis

Mais surtout, cela obligerait à recentrer la coopération sur des projets précis, chiffrés, identifiables par les citoyens quant à leur rapport coûts-avantages, à l’exemple de projets qui fonctionnent : Airbus, Ariane, le CERN (Centre Européen de Recherche Nucléaire). Il est pour le moins paradoxal -et révélateur- que ces trois institutions, que l’on nous cite toujours en modèle des réussites “européennes”…ne doivent rien à Bruxelles. Elles se sont développées en dehors du cadre de l’Union : Airbus, aujourd’hui l’une des premières entreprises aéronautiques mondiales, capable de rivaliser avec Boeing,  est une société privée : consortium d’industriels “avionneurs” européens, parties prenantes au capital et à la fourniture d’éléments assemblés à Toulouse. Ariane Espace, qui nous vaut une position indépendante et de premier plan dans le lancement de satellites géostationnaires depuis notre territoire de Guyane, est issue d’une coopération publique entre les organes de recherche spatiale de plusieurs Etats d’Europe. Le CERN, dont les recherches de pointe sur la structure de la matière et l’origine de notre univers se déroulent dans un gigantesque anneau souterrain de 40 kilomètres sous la frontière franco-suisse, que j’ai visité naguère avec Jean-Marie Le Pen, est une organisation internationale autonome destinée aux sommités de la physique et regroupant plusieurs dizaines d’Etats.

Pour ce qui concerne l’Union Européenne proprement dite, nous pouvons mentionner, par exemple, les projets trans-européens de liaisons fluviales, ferroviaires, aériennes, le système européen de positionnement par satellite Galileo, toutes actions légitimes de coopération qui n’ont aucune raison de s’arrêter, au contraire. J’y ajouterai les bourses d’étudiants Erasmus : ayant dirigé comme doyen une faculté où l’on enseigne plus de 25 langues à plus de deux mille étudiants, je ne trouve pas anormal que l’on donne un “coup de pouce” financier à des étudiants français en espagnol pour passer quelques mois à l’université de Salamanque, ou à des étudiants espagnols apprenant le français pour assister aux cours à Lyon…

Qu’il s’agisse de transports ferroviaires, routiers, aériens, maritimes, de coopération scientifique, médicale, industrielle, de culture ou d’éducation, etc. ce qui convient, c’est une gestion par programmes, dont les tenants et aboutissants doivent être connus de tous.

Se recentrer

L’Union Européenne a parfaitement illustré ces dernières décennies la célèbre fable de la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf. Rappelons ici que la grenouille a fini par éclater. Il faudra donc en finir avec la tendance à  toujours s’agrandir par adhésions successsives.

Lorsque par exemple nous refusons l’adhésion de la Turquie, ce n’est pas pour des motifs humiliants à l’égard de cette grande nation, mais parce qu’elle est à 90% située en Asie. Et elle n’est pas, ou peu, un Etat européen, que ce soit sur le plan culturel, linguistique, religieux, politique… Disant cela, nous sommes de bien meilleurs défenseurs de l’identité européenne que nos adversaires prétendus “européistes” .

Impérative protection

De même, nous sommes plus soucieux qu’eux des vrais intérêts de l’Europe, quand nous réclamons qu’on rétablisse les cloisons protectrices autour de cet ensemble, pour qu’il retrouve sa cohérence. Qu’il redevienne un ensemble raisonnablement protégé sur son pourtour à l’égard des flux financiers, des flux migratoires, des flux de produits fabriqués à vil prix. Or ce n’est plus le cas depuis que cet espace a été intégré dans l’Organisation Mondiale du Commerce. Et nous sommes les meilleurs défenseurs des traditions européennes, quand nous défendons la famille, la vie, les corps intermédiaires, le droit naturel, les droits des personnes, la liberté de recherche et d’expression.

Utopie ?

J’entends d’ici les critiques qui pourraient me faire taxer d’angélisme, et ne manqueront pas d’affirmer que nous n’obtiendrons jamais de l’Union européenne un tel changement d’orientation.Nous ne sommes pas naïfs. Si malgré nos efforts, le système s’avèrait irréformable, alors il faudrait en sortir. Comment ? Pour faire quoi ? C’est ce que je vais m’efforcer d’esquisser…

Bruno Gollnisch

 

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