Ephéméride : Bouvines, dimanche 27 juillet 1214, par Jacques Bainville

Ephéméride : Bouvines, dimanche 27 juillet 1214, par Jacques Bainville

 » Il vint par bonheur un grand roi, Philippe Auguste, car beaucoup d’ennemis menaçaient la France.

Il faisait rude guerre aux Anglais qui avaient alors de très méchants rois et il leur reprit autant de provinces qu’il put. Mais tandis qu’il était occupé avec le roi d’Angleterre, l’empereur d’Allemagne pensa que l’occasion était bonne d’entrer en France. Il se flattait de ne faire de Philippe-Auguste qu’une bouchée. Et il avait avec lui une grande armée et beaucoup de seigneurs allemands qui comptaient sur un riche butin. D’avance, ils se partageaient notre pays, s’attribuant chacun un morceau.

Alors Philippe-Auguste convoqua tous ceux qui lui étaient fidèles, chevaliers, notables et manants. Ils vinrent en grand nombre. Et les communes, reconnaissantes au roi de ce qu’il avait fait pour elles, lui envoyèrent leur milices.

On marcha au devant de l’ennemi sans lui donner le temps d’avancer. Et il y avait beaucoup de discipline et d’enthousiasme chez les Français, qui comprenaient que la patrie était en danger et qu’ils cesseraient d’être libres si l’empereur Othon était victorieux.

On rencontra les Allemands et leurs alliés près de Bouvines, où la bataille s’engagea. Philippe-Auguste, avec l’oriflamme de Saint-Denis, était le premier au combat. Et la mêlée était si furieuse, qu’à un moment il fut renversé de son cheval et il aurait été tué si quelques chevaliers et des gens des communes n’étaient venus en grande hâte à son secours.

Il fallut frapper d’estoc et de taille tant les ennemis étaient nombreux. L’évêque de Beauvais lui-même prit part au combat. Et comme un évêque ne pouvait pas verser le sang, il s’empara d’une massue, sorte de gros bâton très lourd, et rompit les membres de tous les Allemands, Flamands et  Anglais qu’il rencontra. Il demanda seulement qu’on ne dît pas que c’était lui qui avait fait ce grand abatis.

Les Français tapèrent si bien, que l’empereur d’Allemagne, après avoir failli être pris, s’enfuit au triple galop avec les soldats qui lui restaient.

Philippe-Auguste, vainqueur, rentra à Paris. Partout sur sa route, les cloches sonnaient et on lui jetait des fleurs. Il était suivi du comte de Flandre, Ferrand, allié de l’empereur Othon et qui avait été fait prisonnier. Et comme Ferrand était enchaîné, on lui criait : « Ferrand, te voilà ferré ! »

Ce n’était pas la première invasion que la France subissait. Mais, cette fois, le roi de France l’avait repoussée. Plus encore qu’avant, on eut confiance en lui. Car c’était lui maintenant qui protégeait contre les envahisseurs pillards.

A l’abri du péril, Philippe-Auguste gouverna sagement. Le royaume devint prospère. De beaux monuments furent élevés à Paris, entre autres Notre-Dame, où l’ont mit la statue du vainqueur de Bouvines. C’est de ce temps-là que datent ces belles cathédrales qui semblent monter vers le ciel comme une prière et qui dans toutes nos grandes villes, attestent la foi de nos pères « 

Jacques Bainville, Petite Histoire de France 

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La faute de Philippe Ier par Michel Fromentoux

La faute de Philippe Ier par Michel Fromentoux

Le petit garçon de sept  ans, qui prononçait le 23 mai 1 059 de sa frêle voix le serment du sacre, un an avant la mort d’Henri 1er, était devenu au fil des ans un homme usé et, dit l’historien médiéval Orderic Vital, « moult affaibli » qui semblait se désintéresser du royaume. «  Emporté par la violence de son désir pour la femme qu’il avait enlevée, il ne s’occupait plus qu’à satisfaire sa voluptueuse passion. Dans son excessif relâchement, il ne s’intéressait plus à l’État, ni ne souciait de la santé de son corps bien fait pourtant et plein d’élégance », écrivait alors sévèrement Suger, le futur abbé de Saint-Denis, qui constatait par ailleurs le fort embonpoint qu’avait atteint le roi.

Le quatrième roi de la dynastie capétienne, né en 1 052, fut un cas à part. Alors que tous les Capétiens furent fidèles aux voeux de leur mariage (quand ils répudièrent une épouse ce fut toujours après un jugement de Rome, et quand ils prirent une maîtresse, leur faute fut personnelle, mais ils ne se permirent pas de rompre eux-mêmes ce que Dieu avait uni), Philippe 1er, lui, personnage sensuel, se laissa engourdir par l’amour coupable au point de vivre délibérément dans le péché, et d’en être fier ! 

Il avait épousé en 1 071, à dix-huit ans, Berthe de Hollande, fille de Florent 1er, comte de Hollande, et petite-belle-fille de Beaudouin V, comte de Flandre, qui avait été régent de France. Ce mariage fut habilement négocié afin de faire oublier que le roi Philippe, pour sa première opération militaire, avait été battu en 1 071 par un vassal révolté qui n’était autre que Robert de Frise, dit le Frison, beau-père de Berthe. On célébra donc ce mariage en 1 072, et il fut béni au bout de six ans par la naissance de cinq enfants, dont Louis, l’héritier (futur Louis VI le Gros).

Au bout de vingt ans, Philippe décida de répudier cette épouse et de la faire enfermer dans un monastère près de Montreuil. Car il s’était épris, un jour à Tours, de Bertrade de Montfort, une intrigante très belle, mais déjà mariée au vieux Foulques IV, comte d’Anjou, dit le Réchin (1 043-1 109), lui-même toujours en quête de jeune compagnie et déjà marié avec une autre femme encore vivante (était-ce Lancelotte de Beaugency, ou Hermengarde de Bourbon, ou Orengarde de Chatelaillon ?) qu’il avait fait enfermer dans le donjon de Beaumont-les-Tours !

Philippe envoya en 1 092 à Tours un détachement d’officiers dévoués pour amener Bertrade à Paris. Il prétendait l’épouser et il trouva effectivement un évêque courtisan, celui de Senlis, pour bénir cette union deux fois adultère. Or cette même année 1 092, Berthe s’éteignit discrètement à Montreuil, ce qui ne modifiait en rien le cas de Bertrade. Grande colère des prélats français, notamment d’Hugues (1 040-1 106), évêque de Die, puis de Lyon, lequel présida le concile d’Autun, en octobre 1 094, qui, à sa demande,  excommunia les deux concubins. Excommunication confirmée par le pape Urbain II au concile de Clermont en 1 095 auquel le roi osa ne pas se présenter.

Désormais l’interdit était jeté sur le royaume de France. Alors, Philippe fit mine de se soumettre, après avoir tenté de brouiller entre eux deux des partisans de la sanction, mais n’en continua pas moins à vivre maritalement avec Bertrade, qu’il laissa même trafiquer des évêchés pour alimenter les caisses de l’État.  Et ce scandale allait durer de longues années. Les cloches s’arrêtaient de sonner dans les villes où passaient les époux adultères, mais la situation ne semblait pas gêner Bertrade qui parvint même, un jour à réunir son mari légitime et son amant le roi ; assise toute rayonnante entre les deux, elle faisait déjà figure, dirions-nous aujourd’hui, de femme moderne…

La politique du roi se ressentait de ce coupable abandon. Heureusement les dernières années de son règne, son fils Louis prenait en mains le gouvernement du royaume, mais la liaison du roi faillit bien jouer un mauvais tour aux Capétiens, car Bertrade était aussi méchante que belle : elle détestait les enfants que Philippe avait eus de Berthe, sa femme légitime, et elle voulait pousser les siens vers le trône (les trois qu’elle avait eus de Philippe et qui étaient illégitimes). Un jour elle tenta même d’empoisonner Louis ; on ne sut jamais de quoi était composé le breuvage, mais la victime en garda toute sa vie un teint d’une pâleur étrange. Et Philippe avait si peur de chagriner cette mégère qu’il n’osait même pas faire sacrer Louis tout de suite et l’associer au trône, comme Hugues Capet en avait institué la sage coutume : il se contenta de réunir en 1 101 une assemblée solennelle qui nomma Louis, alors âgé de vingt ans, seulement roi désigné. Cela aurait pu être lourd de conséquences pour la dynastie…

La conversion de la « nouvelle Jézabel »

C’était un scandale permanent qu’il exhibait devant tout le royaume. Avec l’arrivée sur le trône pontifical de Pascal II succédant à Urbain II, Philippe crut possible de négocier une solution  de renonciation à sa liaison scandaleuse, jusqu’à ce qu’il eût obtenu une dispense pour contracter un mariage légitime avec Bertrade. Le subterfuge était évident et n’en imposa nullement à Pascal II. Le roi fit alors intervenir  l’évêque Yves de Chartres à charge pour lui de trouver une solution : ce dernier écrivit une lettre au pape le priant d’user d’indulgence et de faire preuve de sentiments paternels. De son côté Bertrade s’enracinait dans sa situation d’épouse et de reine. Elle fut prise, dit Hugues de Flavigny, historien bénédictin, « d’un véritable accès de rage » en entendant un jour à Sens l’archevêque Daimbert jeter l’anathème sur « la nouvelle Jézabel ». « Levant sa main impie contre Dieu lui-même, poursuit Hugues de Flavigny, elle envoya des soldats briser à coups de hache les portes de la cathédrale [….] Dans sa démence Philippe ne savait plus rougir ; il n’avait même pas conservé le sentiment de sa dignité royale ».

Le dénouement allait venir, contre toute attente, de Bertrade elle-même, qui se trouva toute retournée après avoir entendu parler le plus grand prédicateur du temps,  le moine Robert d’Arbrissel. La parole de celui-ci, nous dit Ivan Gobry, fut « comme à son habitude, ardente, fulgurante, bouleversante ». Bertrade fut saisie. Comment résister ? Aussitôt elle demanda un entretien au divin prédicateur. « Et ce qu’aucune malédiction de la chaire de saint Pierre n’avait pu opérer, la flamme de cet homme le fit.  Bertrade sentant s’évanouir en elle tous les désirs de la domination, tous les attachements du luxe, tous les enlacements de la volupté, décida de rompre le charme qui la tenait prisonnière.» Elle s’empressa de signifier à Philippe qu’elle se soumettait à la loi divine et quitta la Cour sans rien emporter. Elle courut vers l’ouest pour se remettre entre les mains de son confesseur, lequel la mena dans une forêt où il avait préparé une hutte pour qu’elle y pleurât à jamais ses péchés, là où s’élèverait plus tard le monastère de Fontevraud.

Philippe, un peu décontenancé de ce qui lui arrivait, écrivit assez piteusement à l’évêque Lambert d’Arras, légat pour le royaume de France, pour lui annoncer qu’il se soumettait à toutes les exigences du décret papal. L’acte de soumission eut lieu le 1er décembre 1 104 à Paris devant le légat et un concile des évêques de France : « Moi, Philippe, roi de France, je promets et je jure de n’avoir plus aucune relation coupable avec Bertrade, je renonce pour jamais et sans restriction à ce péché, ou plutôt à ce crime ». Voilà une affaire grave qui finissait bien, mais elle avait fait perdre treize ans de règne à Philippe 1er, et l’on peut voir la main de Dieu dans son heureux dénouement, comme dans le fait que, malgré ses fautes, Philippe eût pu poursuivre avec quelque bonheur l’?uvre capétienne.

Louis, dompteur des barons d’Île-de-France

De plus – et c’est une nouvelle preuve de la réalisation des desseins de Dieu sur la France – : Louis, le successeur, roi « désigné », était déjà là depuis des années, montrant qu’il n’avait pas froid aux yeux et qu’il était bien disposé à revitaliser la couronne et à la faire respecter sur le propre domaine du roi par de petits seigneurs qui étaient de grands brigands. Car ils devenaient de plus en plus insolents, ces hobereaux d’Île-de-France : depuis que l’un des leurs avait réussi à tenir le roi Philippe à sa merci, ils ne se retenaient plus. Le seigneur de Montmorency se permettait de ravager les terres de l’abbaye de Saint-Denis ; cité devant la Cour, il ne se présenta pas. Ce fut alors que Louis intervint : « Voyant un si courageux et si magnanime prince à sa porte, dont les forces pouvaient avec le temps ruiner son château, le sire de Montmorency se rendit à sa discrétion » et alla à Paris baiser la main du roi..

Il importait d’en finir avec cette insécurité : impossible de se lancer dans une grande politique tant que le roi n’était pas sûr de pouvoir se rendre sans encombres de Paris à Orléans.  

Il fallait sans cesse se battre contre Mathieu de Beaumont, Eble de Roucy, Thomas de Marle. Parfois, il fallait négocier avec les uns pour abattre plus sûrement les autres… Jeu difficile : Louis payait à chaque fois de sa personne !

Les fameux châteaux de Montlhéry, de Corbeil, de Rochefort étaient, au sud de Paris, comme des repaires de malfaiteurs. Philippe 1er, n’osant pas les attaquer, avait fait d’un sire de Rochefort son sénéchal. Puis il avait accepté d’arranger des fiançailles entre le prince Louis et la fille de Gui le Rouge, propriétaire du fameux donjon de Montlhéry. Cela n’empêcha pas que, pour obtenir la garde du donjon, Louis eut encore à se battre. Enfin le donjon tomba : et le vieux roi Philippe dit à son fils : « Mon fils, garde avec vigilance cette tour qui m’a causé tant de tourments qu’elle a suffi à me faire vieillir ». L’historienne Marie-Madeleine Martin voyait dans ces mots simples « toute l’obstination capétienne à défendre et à unifier le domaine »

Aux prises avec ces loups ravisseurs, Philippe et Louis ne s’apercevaient pas du danger qui renaissait du côté anglo-normand. Le roi d’Angleterre Guillaume le Roux mourut à la chasse en 1 100. Son frère, Robert Courte Heuse, duc de Normandie,  nous le savons, était alors à la Croisade, ce qui permit à son autre frère, le troisième fils du Conquérant, Henri Beauclerc, de se proclamer aisément roi d’Angleterre et de s’emparer de cette Normandie si mal tenue par Robert et déjà pas mal entamée par le roi défunt. Or Robert ne se laissa pas oublier, il revint de la Croisade, bien décidé à exacerber chez les seigneurs normands les ressentiments contre son Anglais de frère. Cela ne dura guère : en 1 106, en quelques jours, la Normandie fut absorbée par l’Angleterre et Robert Courte-Heuse, battu à Tinchebray, fait prisonnier. Philippe et Louis allaient en supporter longtemps les conséquences…

Pas enterré à Saint-Denis

Philippe 1er comprit, mais un peu tard, le caractère essentiellement familial de la monarchie. L’hérédité du trône poussait les rois à se grandir, à se sacrifier, à se hausser jusqu’à la cime de leur personnalité, donc à dominer les élans de leur coeur. Cette loi divine était dure, mais elle était aussi source de beauté et de grandeur. Nous ne pouvons savoir comment Dieu accueillit cette âme repentante malgré elle, mais nous savons que Philippe souffrit de ne pas avoir pu se conduire avec autant de bienveillance que ses prédécesseurs envers l’Église et son voeu d’être enterré à l’abbaye Saint-Benoît à Fleury-sur-Loire, et non à la nécropole royale de Saint-Denis, dit tout le drame de ce règne qui tourna trop souvent à la tragi-comédie.

L’abbé Suger, qui le vit pleurer lors des funérailles de son père, louait Louis VI le Gros, le nouveau roi :  « Admirable de grandeur d’âme car, durant toute la vie de son père, ni pour la répudiation de sa mère, ni même pour les faveurs données hors mariage à l’Angevine, il ne l’offensa jamais en rien ni ne chercha, comme c’est la coutume d’autres gens, à mettre le désordre  dans le royaume en portant atteinte sur quelque point à son autorité.  

Déjà, Louis VI s’installait à Paris à l’Hôtel de la Cité…

Michel Fromentoux

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Robert II le pieux, fils d’Hugues Capet

Robert II le pieux, fils d’Hugues Capet

Robert II le Pieux

Je commencerai par évoquer Robert II le Pieux (972-1 031), fils d’Hugues Capet (939-996) et d’Adélaïde d’Aquitaine (945-1 006). Hugues venait d’être élu roi de France et sacré (Noyon, le 3 juillet 987), mais cette élection n’avait pas de portée « démocratique ». Comme l’expliquait très finement l’historienne Marie-Madeleine Martin : « Élu par les seigneurs et l’Église, Hugues dut son titre, avant que cette élection fût intervenue, à ses exploits pour le bien public : là est la racine de son pouvoir. » Les évêques et les barons avaient pu désigner qui exercerait le pouvoir ; ils n’avaient pu prétendre créer le droit à exercer le pouvoir qui relève de Dieu seul. (« Tout pouvoir vient d’En-Haut ») car il faut tenir compte de l’aptitude de la personne, de sa position, de son expérience, de ses compétences, à servir le bien commun.

Hugues Capet appartenait à la famille héroïque de Robert le Fort (mort en 866), laquelle, depuis quatre générations, se dévouait pour la France et exerçait effectivement, sans en porter le titre, la royauté à la place des derniers Carolingiens déclinants.

Roi associé

Maintenant l’heure d’Hugues était venue, il avait su attendre son tour sans violenter l’Histoire. Il fallait l’en louer, mais sa puissance était très relative, il était certes le roi, le sommet de la pyramide féodale, sa personne était respectée et chaque prince féodal savait qu’en droit, c’était de lui qu’il tenait son fief. L’idée d’un arbitre au-dessus des rivalités, revêtu d’un grand pouvoir moral, commençait à se faire jour ; il allait falloir du temps pour qu’elle s’appliquât dans les faits. Pour le moment le roi ne pouvait même pas contraindre ses vassaux à lui fournir le concours de leurs armées.

En 987, Hugues avait quarante-huit ans, mais son installation était loin d’être assurée. Conscient de la précarité de sa situation, il voyait que l’œuvre d’unification et de réorganisation serait de longue haleine, qu’elle exigerait des siècles ; alors, se dit-il, pour réussir, l’important, c’est de durer, donc de soustraire la couronne à l’élection ! Ce fut l’étincelle du génie capétien : il demanda aux évêques et aux barons d’associer à sa royauté son fils aîné Robert, alors âgé de dix-sept ans. Pour emporter l’adhésion des électeurs, il utilisa une lettre qu’il venait de recevoir du comte de Barcelone lui réclamant son secours contre les Sarrasins ; s’il partait, il ne pouvait laisser le royaume sans que sa succession fût assurée. L’argument porta : le jeune Robert fut élu roi associé et sacré dès Noël 987 en la basilique Sainte-Croix d’Orléans. Un petit secret d’Histoire nous dit que le comte de Barcelone fut vite oublié, mais on ne saurait trop admirer cette manière tout empirique de combiner la coutume du temps, l’élection, avec une prodigieuse idée d’avenir. Bientôt, l’habitude fut prise de voir le fils aîné succéder tout naturellement à son père ; il n’y eut, pour obtenir cela, ni coup d’État, ni proclamation d’une loi ! Rien que l’adaptation aux nécessités politiques ! C’est cela, l’empirisme organisateur des Capétiens.

Hugues avait bien fait de commencer par s’occuper de la pérennité de sa dynastie. Car celle-ci allait devoir se défendre… Charles de Basse-Lorraine, l’oncle du dernier Carolingien, revendiquait la succession, donc la place d’Hugues. Il fallut se battre hardiment.

Par ailleurs, Hugues était harcelé par l’un de ses vassaux pourtant directs, Eudes, comte de Blois, qui venait de s’emparer de Melun. Celui-ci en fut délogé grâce à l’appui des troupes du duc de Normandie et au concours du comte d’Anjou, Foulque Nerra. Eudes allait mourir en 996 après avoir demandé la paix.

Un cœur tumultueux

Or voici qu’allaient intervenir les aventures sentimentales du roi associé, Robert. Celui-ci avait été marié, par raison d’État, à Rosala, dite Suzanne, fille du roi Béranger d’Italie et veuve du comte de Flandre Arnoul II. Elle était de vingt ans plus âgée que lui. Au bout d’un an, il en eut assez et la répudia sans que cela fît trop de scandale. Il s’ensuivit tout juste une petite guerre avec le jeune comte de Flandre, Baudoin IV, fils du premier lit de Rosala, car le roi de France entendait bien garder la dot : Montreuil-sur-Mer ; une fenêtre sur la mer !

Or, en 996, Robert s’éprit follement de la veuve d’Eudes de Blois, Berthe. Celle-ci, fille de Conrad de Pacifique, roi de Bourgogne, était sa cousine au troisième degré ! Immense scandale : Gerbert, ami de Robert et qui, entre-temps, était redevenu évêque de Reims, interdit le mariage ; le pape Jean XV menaçait Robert de l’anathème ; et Hugues Capet lui-même déplorait le projet de son fils. Celui-ci s’entêtait, provoquant même un retournement politique en soutenant désormais les enfants du défunt comte de Blois (qui étaient aussi ceux de Berthe) contre la Maison d’Anjou qui avait si bien servi Hugues Capet.

Tant de soucis finissaient d’épuiser le vieux roi,  lequel rendit son âme à Dieu le 24 octobre 996 dans l’amitié des moines et des grands fondateurs d’abbayes. Il n’avait pas été un personnage extrêmement brillant, mais il avait su se montrer fin négociateur, voire cauteleux et louvoyeur.

Robert II était désormais seul roi. Il avait vingt-six ans. Son règne commençait, on s’en doute dans le déchirement, car il était toujours épris de sa cousine Berthe et n’entendait pas céder ! Pire : au lendemain de la mort de son père, il réussit à faire bénir ce mariage par Archambaud, archevêque de Tours ! Le pape Grégoire V, qui venait de succéder à Jean XV, ne saurait tolérer une telle désobéissance : il somma les époux de rompre.

Pendant quatre années, Robert allait braver les foudres de l’excommunication. Pour tente d’amadouer Rome, il alla même jusqu’à sacrifier Gerbert et ramena une nouvelle fois le fameux Arnoul (le fils naturel du roi carolingien Lothaire) à l’évêché de Reims.  C’était se montrer bien ingrat, car Gerbert avait été le précepteur de Robert et gardait une forte influence sur lui. Il se consola quand même assez vite : déjà lié au jeune empereur germanique Othon III, il devint le conseiller de celui-ci, puis, dès 998, il fut archevêque de Ravenne, et juste avant que sonne l’An Mil, il devint le pape Sylvestre II ! Le premier pape français ! Ce fut alors qu’il parvint à persuader son ancien élève de congédier Berthe. Robert s’exécuta en 1001, la mort dans l’âme, mais, après tout, cette femme ne lui avait pas donné d’enfant…

Un roi doit savoir se sacrifier pour la dynastie : il se rendit aussitôt solennellement en Arles pour demander la main de Constance, fille de Guillaume Taillefer, comte de Provence. Cette Provençale était sûrement belle et cultivée, mais elle n’allait pas tarder à se révéler comme un mégère qui ne se laisserait pas aisément apprivoiser. Elle serait le purgatoire de Robert…

Cousine de Foulque Nerra, comte d’Anjou, elle n’eut de cesse d’imposer à la Cour l’influence angevine au détriment d’Eudes II,  comte de Blois, fils de l’épouse congédiée.

N’en tenant plus, Robert allait tenter de reprendre Berthe qu’il aimait toujours et alla jusqu’à Rome pour demander la séparation d’avec Constance. La tentative ne pouvait qu’échouer : alors, il fit contre mauvaise fortune bon cœur et laissa même Constance s’occuper de la gestion des deniers publics. Lui souffrirait le reste de sa vie et pratiquerait la charité.

Car si le nouveau pape était essentiellement un politique, le roi de France, lui, avait une âme de saint. D’après Richer, moine chroniqueur du temps, il était grand, possédait une belle chevelure, un regard modeste, une barbe imposante et toujours bien peignée, «  une bouche suave et douce pour donner le baiser de la sainte  paix ». Quand il montait à cheval, ses doigts de pied rejoignaient presque le talon et l’on disait que c’était un miracle….

L’Église lui doit la musique et les paroles de nombreux hymnes liturgiques, qu’il interprétait lui-même dans le chœur et dirigeait avec douceur et talent. Et Constance se régalait des rimes dont jouait son époux avec le nom Constance…

Candeur évangélique

Quelques exemples de la charité royale : un soir qu’il soupait à Étampes, sous le regard grincheux de la reine Constance, Robert ordonna que l’on fît entrer les pauvres et les mendiants ; l’un d’eux se glissa aux pieds du roi lequel le nourrissait en cachette sous la table. Mais le pauvre ne perdit pas son temps : il mangea et, surtout, il découpa un ornement d’or qui pendait au vêtement royal, puis il s’esbigna… Quand Robert se leva et s’aperçut du larcin, il ne s’indigna point, disant à son entourage que cet or serait peut-être plus utile à celui qui l’avait emporté qu’à lui-même. Et comme un autre pauvre s’apprêtait à lui couper une frange de son manteau, le roi se contenta de lui dire d’en laisser un peu car un plus pauvre aurait peut-être besoin du reste…

Ne croyons pas toutefois que ce saint homme négligeait la politique. Il savait alors se comporter en suprême justicier. L’historien Funck-Brentano le décrivait « sur les routes, heaume lacé en tête, avec cuissard, gorgerette et haubert », et les chroniques du temps évoquent ses luttes incessantes, ses véritables opérations punitives contre les féodaux trop turbulents du domaine royal : « Toujours en guerre, assiégeant les châteaux, s’efforçant, la lance au poing, de faire régner la paix et la justice. »

Le moment vint de renouer avec la sagesse de son père. En 1017, il fit élire et sacrer son fils aîné Hugues, qui avait dix ans. Hélas, celui-ci mourut jeune en 1025 ! Et ce fut Henri, déjà duc de Bourgogne, que Robert fit élire et sacrer en 1027 à dix-neuf ans. À chacun de ces sacres, la plupart des grands vassaux étaient présents : preuve que la volonté royale de soustraire la souveraineté à toute compétition commençait à être comprise dans l’intérêt de tous.

Mais l’imprévisible Constance était toujours là pour envenimer les choses. Vers 1030, elle s’évertua à dresser ses fils contre leur père, exploitant l’impatience d’Henri d’accéder au gouvernement effectif de la Bourgogne. Ce fut à ce moment que mourut Robert II à soixante et un ans, le 20 juillet 1031 à Melun.

Son règne avait fait grandir en prestige le monarchie capétienne. Certes sur son propre domaine, les féodaux lui avaient mené la vie dure, mais il sut les contenir. Certes, s’élevèrent de façon inquiétante les deux maisons rivales : celle d’Anjou – Foulque Nerra conquit la Bretagne et la Touraine ! – et celle de Blois – Eudes II s’empara de Meaux et de Troyes. Mais devant un roi si pénétré de sa dignité et bien décidé à la faire prévaloir, ces ambitieux arrivaient à se dominer.

Comme l’écrivait le duc de Lévis-Mirepoix : « Dès sa génération, la dynastie n’est plus contestée dans sa légitimité de principe. Les plus humbles s’y reconnaissent. Elle ne défie personne. Une espèce de candeur évangélique, en dépit des troubles du temps, plane sur elle. »

Tel fut le roi Robert II le Pieux. 

Michel FROMENTOUX

 Article paru dans le journal Rivarol

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Messes pour Louis XVI et hommages en 2021

Messes pour Louis XVI et hommages en 2021

Ces Messes pour Louis XVI, dites partout en France – et à l’étranger – depuis 1793, ne sont pas de pure commémoration. Elles DOIVENT surtout, pour aujourd’hui, nourrir le processus de dérévolution dont la France a tant besoin pour renouer avec son Histoire, se replacer dans le droit fil de sa trajectoire historique et, s’il se peut, reprendre, un jour, sa marche en avant. 

– MERCREDI 20 JANVIER

⚜ AMIENS (80) :18h30,Chapelle Saint-Vincent-de-Paul

– JEUDI 21 JANVIER

⚜ PARIS (75) : 19h Église Saint-Eugène-Sainte-Cécile

– Église Saint Germain l’Auxerrois, 18h15.

– Rendez-vous Place de la Concorde, 10h.

⚜ VERSAILLES (78) : 19h Chapelle Notre-Dame des Armées

⚜ BREST (29) : 19h, église Saint Michel.

⚜ BAYONNE (64) : 17h, église Saint-Amand.

⚜ TOULOUSE (31) : 18h30, Messe en Mémoire du Roi Louis XVI Place saint-Roch

⚜ BIARRITZ (64) : 18h30, église Saint Martin.

⚜ MONTPELLIER (34) : 18h Messe en Mémoire du Roi Louis XVI Chapelle Royale des Pénitents bleus, rue des Étuves

⚜ LOURDES (65) : Messe privée au couvent.

⚜ FABREGUES (34) : 18h30 Au Prieuré Saint-François-de-Sales

⚜ BEAUJEU (69) : Messe à 18h église Saint-Nicolas.

⚜ FONTAINEBLEAU (77) : 19h église du Carmel,

⚜ VIC-FEZENSAC (32) : 18h, Collégiale St Pierre.

⚜ NICE (06) : 10h église Saint-Jacques-le-Majeur

 – Église Saint Germain l’Auxerrois, 18h15.

⚜ SAINT-DENIS  (93) : Le Mémorial de France à Saint Denys, fera célébrer par M. l’abbé Thierry Laurent une messe à la mémoire du roi Louis XVI en la basilique Saint-Denys le à 12h00. Métro ligne 13, Arrêt Saint Denys Basilique. Le Mémorial de France à Saint Denys assure ainsi la pérennité de l’ordonnance du roi Louis XVIII, en date de 21 janvier 1815, qui fonda les messes perpétuelles à la mémoire du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette.

⚜ MARSEILLE (13) : Église Saint Pie X, 44 rue du Tapis vert (1er arrdt), 12h15.

⚜ BEZIERS (34) : Église Saint-Jacques 16h30.

⚜ GRENOBLES (38) : 16h30 Collégiale Saint-André de Grenoble

⚜ POITIERS (86) : messe à 16h à la Chapelle de Montbernage

⚜ LYON (69) : 18h30 église Saint-Just

– 18h30 église Saint-Georges 

⚜ COMPIEGNE :​ (60) Renseignements compiegne@actionfrancaise.net

⚜ LA ROCHELLE (17)  Cathédrale de Saint-Louis Prière de 12h à 14h

⚜ MIREPOIX (09) : 11h à la cathédrale. La messe sera célébrée par le P. David Naït-Saadi, curé de la cathédrale Le prince Jean assistera à la messe à la mémoire de Louis XVI, de la Famille royale et des victimes de la Révolution.

⚜ CARCASSONNE (11) : 11H à la Basilique Saint Nazaire & Saint Celse de la Cité Médiévale de Carcassonne

⚜NANTES (44) : 7h messe chantée, 17h messe basse requiem pour le Roi martyr en l’église Saint Clément

⚜MONTAUBAN (82) : 10h, messe de requiem en l’honneur du roi Louis XVI à l’église saint Jacques, célébrée par le chanoine Mahlberg de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre.

⚜VALENCE (26) : 16h30, Une Sainte Messe de Requiem à la pieuse mémoire du Roi, sera célébrée à l’église Notre-Dame, rue Marcellin Berthelot

– SAMEDI 23 JANVIER

⚜ AVIGNON (84) : 11 h, messe de Requiem célébrée par l’abbé Vella, assistant général de l’Institut du Bon Pasteur et aumônier de l’Action Française. Chapelle de l’Oratoire, 32 rue Joseph Vernet, un apéritif dinatoire suivra, réservation au 06 46 33 56 95 ou provence@lactionfrancaise.fr

⚜ EPINAL (88) : 11 h, Église Saint Laurent, 3 place du souvenir.

⚜ NIMES (30) 11 h Messe en Mémoire du Roi Louis XVI depuis 1870, cette année à la Chapelle Sainte Eugénie 3 rue sainte Eugénie

⚜ Fontaine-les-Dijon (21) 11h Basilique Saint Bernard 

⚜ TOULOUSE (31) Messe de requiem en Mémoire du Roi Louis XVI à la chapelle saint Jean Baptiste 7 rue Antonin Mercié. Métro Capitole ou Esquirol ou Parking Esquirol.

⚜ MOULINS(03) 15h Réservation ici 

⚜ STRASBOURG (67) : Messe de Requiem pour Louis XVI, Strasbourg

– DIMANCHE 24 JANVIER

⚜ NANCY (54) : 10h30, Église Marie-Immaculée, 33 avenue du général Leclerc.

⚜ NICE (06) :10h  La Chapelle des pénitents rouges, Église Marie-Immaculée

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Louis XVI par Jacques Bainville

Louis XVI par Jacques Bainville

Ces lignes sont parmi les dernières écrites par le grand historien d’Action Française Jacques Bainville, de l’Académie Française. 

Louis XIV avait de l’intelligence et du caractère. Louis XV avait de l’intelligence et manquait de caractère. Louis XVI, avec toutes les vertus, avait une intelligence médiocre et il était indolent. On ne peut pas s’étonner que, malgré les meilleures intentions du monde, il ait perdu la monarchie.

Un hasard malheureux fit encore qu’il avait perdu son père, si bien qu’à Louis XV déjà vieilli succéda un jeune homme de vingt ans, très confit en dévotion, à qui l’on avait surtout appris que le grand-père menait une vie scandaleuse. On imagine bien que les filles du défunt roi avaient Madame du Barry en horreur. Elles avaient endoctriné leur neveu qui ne se contenta pas d’exiler la favorite mais qui se mit à défaire systématiquement tout ce que son prédécesseur avait fait.

Un de ses premiers actes fut de rappeler les Parlements orgueilleux qui tenaient tête à la couronne. Comprit-il très bien ce qu’il faisait ? c’est douteux. Il obéit surtout aux influences qui s’exercèrent sur lui. Mais, dès ses débuts, il s’enfonçait dans une contradiction insoluble et destinée à devenir mortelle. En effet il appelait au ministère un réformateur qui s’appelait Turgot, et les Parlements, défenseurs des droits acquis, s’opposaient à toutes les réformes. Pour réformer le royaume et supprimer les abus, il eût fallu que le roi agît par voie d’autorité. Il avait, d’emblée, entamé la sienne en rétablissant celle de ces magistrats qui s’étaient arrogé le pouvoir de repousser les lois qiu étaient contraires à leurs idées ou à leurs intérêts, bien que la puissance législative fût censée appartenir au souverain.

Combattu et paralysé par les Parlements, ne pouvant faire aboutir ses projets, Turgot dut se retirer. Entre son ministre et les magistrats, le malheureux Louis XVI avait dû choisir et ne pouvant plus revenir sur le mal qu’il s’était fait, ce fut le ministre qu’il sacrifia. Par une contradiction non moins absurde le public lui en fit le reproche, tandis qu’il applaudissait ces parlementaires privilégiés et défenseurs des privilèges qui parlaient un langage insolent et factieux et se présentaient comme les défenseurs de la liberté.

Dès lors Louis XVI s’épuisa dans la vaine recherche d’une amélioration impossible. Il y perdit peu à peu sa popularité. A la fin, impuissant devant les parlementaires unis à la noblesse et au clergé, il se résolut à sauter le grand pas et à convoquer les États Généraux, espérant trouver dans le Tiers État l’appui qui lui était refusé ailleurs.

C’est pourquoi il voulut que la représentation du Tiers État fût doublée. Mais le troisième ordre, ayant autant de députés que les deux premiers, demanda et devait demander à voter par tête. De plus le roi, pour faire entendre la voix de la bourgeoisie, avait invité tous ceux qui avaient des idées à les exposer librement. Ce fut une pluie d’écrits de toutes sortes parmi lesquels figura la célèbre brochure de Sieyès : «  Qu’est-ce que le Tiers État ? Rien. Que doit-il être ? Tout. ».

Louis XVI avait semé le vent. Il récolta la tempête et de plus, faisant ce qu’il avait déjà fait avec Turgot et avec le Parlement, au lieu de suivre la voie qu’il avait lui-même tracée, il vint se mettre en travers. Lorsque les députés du Tiers, forts de leur nombre et de l’autorité qu’il leur avait donné, voulurent transformer les États Généraux en assemblée, il prétendit de son côté maintenir la distinction des trois ordres, conformément aux traditions, aux usages et à l’ancienne constitution du royaume. C’est ainsi que de ses propres mains, Louis XVI fit la Révolution. Pouvait-elle être évitée ? Nous répondrons « Oui, certainement ».

La France avait besoin de réformes. Il fallait y procéder d’autorité et brisant les coalitions d’intérêt qui s’y opposaient. C’est ce que les rois de France avaient toujours fait, ce qu’avait fait encore Richelieu puis Louis XIV. Sans cela la monarchie n’eût pas duré aussi longtemps. Pour être un roi réformateur, il fallait être un roi autoritaire.

N’était-ce pas ce que la France attendait ? Le XVIIIe siècle, dans la personne du plus illustre de ses interprètes c’est à dire Voltaire, avait exalté des souverains qui étaient de purs despotes, comme Frédéric II et Catherine, mais qui imposaient le progrès par le despotisme.

Au fond les Français, en 1789, n’aspiraient pas à la liberté mais à l’égalité, qui en est d’ailleurs exactement le contraire. C’est si vrai que, dix ans plus tard, dix ans seulement, la dictature de Bonaparte était acclamée. Il était vraiment inutile pour en venir là, de mettre la France sens dessus dessous et de faire couler des torrents de sang. Avec des intentions excellentes, l’infortuné Louis XVI avait fait un mal immense. Il l’a expié si durement qu’on ne peut pas avoir la dureté de lui en vouloir. Mais il serait faux de voir en lui une victime de la fatalité.

Supposons un roi qui eût continué la politique commencée par Louis XV dans les derniers jours de son règne. On fût arrivé, sans bouleverser le pays et sans tout détruire, à un état des choses fort semblable à celui que créa le premier consul, lequel, du reste, rétablit et restaura une partie de ce qui avait été détruit dans l’anarchie révolutionnaire.

Finalement, Louis XVIII, qui était fort intelligent, prit la France telle que Napoléon l’avait laissée. Pour en venir là, il était bien inutile d’avoir fait couper la tête d’un roi, d’une reine et d’une quantité de braves gens sans compter tous ceux que vingt ans de guerre avaient tués.

Jacques Bainville, de l’Académie Française

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