Les Principes de la Communauté (partie III)

Les Principes de la Communauté (partie III)

LES DEUX ARTICLES FONDAMENTAUX (I, II) : « SERVIR » 

Ces deux articles courts, s’avèrent très denses. Ils précisent les fondements philosophiques sains qui permettent l’existence durable d’une société humaine. Chaque être humain, du fait de sa nature humaine, dispose d’une dignité propre, spécifique. Il n’est pas un animal, ni une chose (un esclave).

Une société saine n’énumère pas une liste interminable de droits, parfois impossibles à mettre en pratique, ou paralysant l’autorité de l’Etat.

L’être humain n’existe pas par lui-même et pour lui-même : ce raisonnement erroné est pourtant celui de la France depuis 1789, solennellement confirmé et allongé en 1946, avec le Préambule de la Constitution de la IVème République, et 1958, avec la Constitution de la Vème République.

L’être humain ne se comprend que dans son cadre de vie, sa famille, son métier -à organiser sur un mode corporatif-, sa patrie. Ces cadres lui donnent pleinement son sens. Il doit songer à se mettre au service de sa famille, son entreprise, sa patrie, avant de réclamer des droits éventuels.

Cependant, en cas de conflit les droits des travailleurs sont préservés dans la Charte du Travail du 4 octobre 1941.

4 octobre 1941 : Promulgation de la Charte du Travail par le maréchal Pétain

LE TRAVAIL (III, IV, V, VI, VII, XIII, XIV) COMME VALEUR CENTRALE

Le Travail est une valeur centrale. Aucune société ne tient si la majorité de ses membres ne travaille pas. Les mères de famille effectuent aussi une forme de travail, elles recevront donc un salaire maternel pour la bonne exécution de leur tâche.

Le travail est accompli de façon positive, en songeant avant tout à la Patrie.

L’esprit du texte consiste à privilégier le véritable travail, productif, dans l’agriculture, l’artisanat, l’industrie, les services authentiques.

Les entreprises elles-mêmes doivent songer à offrir de bonnes conditions de travail et de salaires, autant que possible, à leurs employés. Elles doivent être conscientes de leur responsabilité envers la Patrie. Les entreprises doivent donc être pensées avant tout selon le marché national français. Ce marché serait préservé de la concurrence étrangère, et les importations réduites surtout à celles qui sont indispensables -comme les hydrocarbures que la France ne possède pas-.

Le travail déconnecté de toute réalité, comme les entreprises purement virtuelles, ou les spéculations financières, ne doit au contraire pas être valorisé. Le supprimer totalement serait toutefois quelque peu utopique.

L’ETAT (VIII, IX, X, XI, XII, XVI) COMME CADRE INCONTOURNABLE

L’Etat doit être le cadre de référence. Il ne s’agirait plus de se plier aux diktats de l’ONU, de l’OMC, ou de l’Union Européenne, entreprises antinationales. Le cadre national reste le seul pertinent contre les pratiques du capitalisme transnational et les idéologies prolétariennes, socialistes ou communistes.

L’Etat doit veiller concrètement à l’intérêt national : cela implique une justice ferme face aux criminels, aux patrons-voyous et bien entendu aux mauvais agents de l’Etat. De même, cela implique ainsi de briser les cartels oligarchiques qui se forment en permanence pour briser son autorité, appelés « féodalités » dans le texte. Ceci peut sembler facile à dire. Et ce serait facile aussi à mettre en œuvre pourtant, à la seule condition d’être animé d’une authentique volonté politique.

Enfin, l’enseignement est pensé comme étant aussi une des responsabilités de l’Etat, en coordination avec les familles françaises, premières responsables de l’éducation des enfants. Cet article n’est pas forcément à considérer comme un idéal de long terme, mais une nécessité pratique, pour diffuser une éducation patriotique authentique, par le haut, alors que la société ne l’est plus.

Octave Thibault

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Une réponse aux Droits de l’Homme : les Principes de la Communauté (partie I), par Octave Thibault

Une réponse aux Droits de l’Homme : les Principes de la Communauté (partie I), par Octave Thibault

En hommage au Maréchal Pétain dont nous avons fait mémoire à l’occasion des 70 ans de sa mort le 23 juillet dernier, nous publions le premier volet d’une réflexion d’Octave Thibault sur les Principes de la Communauté

Le début de la sagesse consiste à vouloir sauver sa Nation et non l’humanité entière, dangereuse mégalomanie démiurgique qui a précisément causé plus de deux siècles de catastrophes. Aucun compromis, aucune réinterprétation positive n’est possible avec les principes révolutionnaires synthétisés dans la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » de 1789, reprise et développée dans la « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme » de l’Organisation des Nations Unies.

Ces textes ont été analysés par ailleurs : https://lactionfrancaise.fr/limposture-des-droits-de-lhomme et nous n’y reviendrons pas ici. Rappelons simplement qu’ils sont pervers et ont conduit à l’anti-société monstrueuse dans laquelle nous vivons.

Le point de vue le plus sage et le plus simple consiste à revenir à ce qui a à peu près correctement fonctionné par le passé. C’est un des enseignements fondamentaux de Charles Maurras, avec avant lui toute une école réactionnaire ou légitimiste française du XIXème siècle. Revenir, avec prudence, en tenant compte des mutations technologiques à la sagesse des Anciens, vaudra toujours infiniment mieux que de se lancer dans des expériences sociales, sociétales, des fuites en avant toujours plus audacieuses, aventureuses, au nom de la croyance en un futur qui serait nécessairement meilleur…

Cette croyance révolutionnaire a toujours mené à des conséquences toujours plus catastrophiques. L’Union Européenne, manifestement, ne fonctionne pas, et n’assure pas, bien au contraire, la prospérité de la France. Le plus simple, le plus juste, le plus prudent, serait d’en revenir à un État français indépendant. Nous en sommes aussi à devoir rappeler que le communisme et le socialisme, propriété collective des moyens de production, d’expérience désormais, ont toujours mené à des désastres économiques. Rien ne vaut aussi une famille authentique, unie dans la durée, avec un père, une mère, et des enfants engendrés selon les lois de la Nature ; il n’y a rien à sauver de toutes les monstruosités alternatives proposées aujourd’hui, et cela dans une ambiance générale de solitude de plus en plus massive des individus, le mal social évident.

L’homme seul n’existe pas. Il appartient forcément à une Communauté, à un rassemblement d’hommes, rassemblement naturel qui s’impose. Quels principes doivent donc régir cette Communauté ?

L’État Français comme alternative à la République et à ses anti-valeurs

Il est souvent objecté qu’il n’existerait aucune alternative pertinente aux principes révolutionnaires, c’est faux. Il conviendrait, même pour ceux qui refusent la tentation d’une réinterprétation édulcorée ou corrigée des prétendus Droits de l’Homme, de travailler à inventer une synthèse juste, contraire aux erreurs propagées depuis 1789. Cette démarche n’est pas fausse. Toutefois, elle néglige un fait important, trop peu connu, et que nous proposons donc de découvrir ici : cette réponse, juste, pertinente, proposée en un texte cohérent, capable de refonder une société saine, existe déjà : il s’agit des « Principes de la Communauté ».

Ces Principes ont été écrits sous les auspices de l’État Français, dirigé par le Maréchal Pétain, depuis juillet 1940. Cet État a été systématiquement calomnié depuis l’été 1944, et cela de façon de plus en plus hystérique à partir des années 1970. Ceci n’est pas un hasard. Le Maréchal et ses équipes, ont essayé dans les pires circonstances -avec un pays vaincu et occupé (totalement en novembre 1942) – de redresser, et même en un sens de refonder la France. Le Gouvernement de Vichy a géré au mieux les choses de façon générale dans le pire des contextes : la France n’a pas eu ainsi à souffrir d’une famine générale, l’activité économique, au moins jusqu’aux criminels bombardements des Alliés du printemps 1944, a pu globalement se maintenir.

Pourtant, le gouvernement du Maréchal ne s’est pas contenté de gérer les urgences, de se comporter en une forme de régime transitoire entre deux formes d’exercices normaux des pouvoirs républicains. Il a ambitionné de refonder la France sur des principes sains, ceux de la Révolution Nationale. « Liberté, Egalité, Fraternité », devise républicaine à la rime facile mais consécration de principes mauvais, a été corrigée et remplacée par celle de l’État Français, consacrant les principes du Travail, de la Famille et de la Patrie.

Un Français n’est pas un individu théorique coupé de toute racine qui ne connaîtrait que ses « droits ». Il est au contraire le membre de communautés naturelles qu’il était déjà bon de rappeler en 1940 : la « Famille » d’abord, et la « Patrie », réalité charnelle et somme de toutes les familles françaises. Le « Travail » est celui que chaque Français doit accomplir consciencieusement, pour nourrir sa Famille et contribuer à la richesse nationale de sa Patrie ; en contrepartie, le travailleur doit disposer de droits sociaux authentiques, et d’un salaire décent. Cette valeur du Travail, sans quitter les contraintes du réalisme économique, indique aussi clairement que l’économie est orientée ou réorientée autour du Travail, et n’obéit pas à des seuls critères de rentabilité économique maximale, ou pire, de pure spéculation financière.

Octave THIBAULT

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Maurras et Madiran par Rémi Fontaine

Maurras et Madiran par Rémi Fontaine

Lecture

Dans sa biographie de Madiran au chapitre II, Rémi Fontaine montre à quel point Charles Maurras a influencé Jean Madiran. Extraits, avec l’aimable autorisation de l’auteur.

 

Parce qu’ils furent pieux…

 

Extraits du chapitre 2 du livre de Rémi Fontaine : « Itinéraires de Chrétienté avec Jean Madiran » (Presse de la Délivrance, 2018)

Avant de se mettre à l’école de saint Thomas d’Aquin et quelques autres maîtres comme Péguy et les frères Charlier, Jean Madiran découvrit Charles Maurras, dont il demeura toujours le fils spirituel en dépit de quelques critiques non négligeables. Il s’en est expliqué dans plusieurs de ses ouvrages, consacrés directement ou indirectement à Maurras. Œuvres de réflexion d’un héritier, dont la piété personnelle et l’intelligence apportent une contribution originale et de poids au mouvement national qui se poursuit aujourd’hui en France.

Ouvrages vivants du disciple qui a bien suivi son maître au sens paradoxal où il l’a dépassé. A sa façon. Selon les conseils les plus impérieux de Maurras lui-même : « Si vous êtes catholique, ne le soyez pas à moitié. » Ou encore : « La joie d’un père, même spirituel, a toujours été d’admirer les belles réussites de ses enfants, afin de s’écrier, comme rêvait de faire Hector devant les portes de Scées : “Ils ont été meilleurs, plus hardis, plus heureux que nous !” »
Si Jean Madiran – comme Jean Ousset ou Pierre Boutang à leur manière – n’avait pas dépassé Maurras dans l’ordre philosophique et catholique, sans doute ne l’aurait-il pas vraiment suivi. Fidèlement. Car la vraie piété – celle qu’enseignait Maurras et que développe magistralement Madiran – s’accorde avec l’ « amicus Plato, sed magis amica veritas » d’Aristote (ami de Platon mais plus encore de la vérité). Et les critiques ainsi que les réserves faites d’« une main pieuse » par le disciple n’empêche pas l’infinie reconnaissance et la fidélité d’une amitié reconnue : « parce que c’était lui… ». D’autant plus que Madiran s’attachera toujours à montrer l’homogénéité ou les harmonies de l’empirisme organisateur et de la philosophie réaliste, analogues à celles de l’aristotélisme et du thomisme. Allergique à la pensée dominante de ces « trois réformateurs » : Luther, Rousseau et Kant, la pensée politique de Maurras demeure un puissant antidote à l’idéalisme, à l’individualisme et au laïcisme. Son réalisme propre constitue une sûre propédeutique pour le réalisme chrétien :
« Je dois à la pensée maurassienne d’être entré comme chez moi dans la philosophie chrétienne… Cette connivence logique, cette continuité naturelle, je les ai vécues avant d’en avoir conscience et de les comprendre, à plus forte raison avant de les exprimer… Aucun de mes écrits, de mes propos et de mes actes, dont je suis évidemment seul responsable, n’aurait été ce qu’il a été si je n’avais été, comme Maurras me l’avait enjoint, un maurrassien interprétant sa pensée politique à la lumière de la pensée et de la prière de l’Eglise. »
Si la vertu de piété est rattachée comme devoir à la vertu principale de justice, sa qualité dépend aussi du secret propre à l’amitié que ces vertus appellent : « Aime et fais ce que tu veux », résume parfaitement saint Augustin. Nous en venons ainsi, indirectement mais analogiquement, à la grande leçon et au dessein politiques du Pius Maurras mis en relief et repris par Madiran, selon son interprétation catholique : faire en sorte que les Français recommencent à s’aimer. Non pas entre eux – cela va de soi comme impératif – mais eux-mêmes, en tant que fils de France, héritiers du même être historique, d’un patrimoine matériel et moral, un capital transmis, avec l’esprit de civilisation et de piété que cela suppose. Le reste, alors, ne viendrait-il pas de surcroît ? (…)

La vertu politique contre la dérive du moralisme

Si, au niveau surnaturel, Madiran rejette vigoureusement avec Péguy la dérive des dévots, il rejette tout autant avec Maurras la dérive analogue des moralistes au niveau naturel : ceux qui prétendent se passer du « médiateur naturel » de la politique, en procédant directement par la seule morale. C’est, disait Maurras, « la grande folie des philosophies purement éthiques », excluant le principe et le ressort spécifique de la politique. En tant que fin intermédiaire, le bien commun temporel possède sa consistance propre liée précisément à l’alliage de la quantité (politique) et de la qualité (morale), à ce carrefour de la nature sociale et individuelle de la personne, ce croisement de l’horizontal et du vertical. C’est toute la complexité de l’expérience politique qui est un mixte se pratiquant à la fois sous le mode honnête de l’agir (activité volontaire) et sous le mode habile du faire (activité artistique). D’où une certaine autonomie dans l’ordre du faire de l’art politique par rapport à la morale, analogue précisément à l’autonomie du pouvoir temporel par rapport au pouvoir spirituel. Loin de l’amoralisme politique, il faut, selon Madiran, moraliser la politique : « Nous aurons à entrer en politique comme on entre en religion », non pas comme on « entre en tentation » (selon la traduction du nouveau Pater) ! Ou bien il faut politiser la morale : c’est la « charité politique ». Comme on spiritualise le charnel ou qu’on incarne le surnaturel, selon la démonstration de Péguy : distinguer pour unir !

« Lorsqu’on fait un alliage c’est toujours le meilleur métal qui y perd » (Josemaria Escriva) : cet alliage entre morale et art politiques rend néanmoins l’intention politique moins « pure » (moins simple) que l’intention morale surnaturelle (immanente) au sens où elle dépend forcément d’une certaine transitivité matérielle du fait de la médiation politique. « Le bien commun de nos cœurs, en tant qu’ils s’unissent à Dieu, est obligatoirement pur et exempt de péché mortel ; mais le bien commun de nos cœurs, en tant qu’ils s’unissent pour la vie périssable des sociétés temporelles, supporte une part, souvent large, de tolérance d’un mal moindre que celui qui naîtrait de sa suppression instantanée », rappelle la Déclaration fondamentale de la revue Itinéraires en 1958. Laquelle Déclaration reprenait en substance la pensée du P. Calmel, o.p. : « Celui qui veut, dans la société civile, non seulement la justice, mais toute la justice et tout de suite, celui-là n’a pas le sens politique. Il ne comprend pas que la vie de la cité se développe dans le temps et qu’une certaine durée est indispensable pour corriger et améliorer ; surtout il ne comprend pas l’inévitable imbrication de bien et de mal à laquelle, de fait, la cité humaine se trouve condamnée, depuis le bannissement définitif du Paradis de justice et d’allégresse. Vouloir détruire immédiatement toute injustice c’est déchaîner des injustices pires. » (Sur nos routes d’exil : les Béatitudes). La question en politique n’est pas seulement celle du mal ou du bien, mais, dans un certain clair-obscur prudentiel, celle du meilleur cheminement et du meilleur milieu possible pour que le bien puisse prévaloir.

On saisit bien que la distinction et la rencontre entre morale et politique tiennent à la finalité profonde de l’homme qui n’est plus au niveau de l’espèce (bien commun), comme chez l’animal, mais au niveau individuel (bien personnel). C’est parce que l’homme est un animal rationnel, un esprit incarné – « Ni ange ni bête » –, qui ne correspond pas immédiatement avec sa fin ultime (comme chez l’ange par la vison béatifique ou chez la bête par l’instinct), qu’il a besoin de la médiation spécifiquement politique, comme d’un tremplin éducatif auquel rien n’échappe mais que tout dépasse en morale. Le milieu politique, qui s’applique à l’espèce et à la nature humaines, est comme un entre-deux, un intervalle – un metaxu en grec – pour le corps et l’âme de l’homme, l’instinct et l’esprit humain, la cité de familles et la cité divine.

Bien sûr l’activité politique reste subordonnée à la morale ainsi qu’au reste toute activité humaine volontaire, qu’elle soit artistique ou spéculative. Maurras lui-même ne saurait nier la primauté du spirituel et l’influence capitale de la morale et de la religion sur la politique. Reprenant la parabole du semeur, il expliquait simplement qu’il ne suffit pas de mettre le bon grain en terre pour qu’il germe, si le terrain et les circonstances ne sont pas propices. Parlant encore de la nécessité d’une médiation matérielle ou charnelle entre la volonté, le désir, le vœu de l’homme et leur réalisation concrète, réelle et vivante, il écrivait : « La pire erreur des romantiques me semble avoir été de confondre cette production naturelle avec une excitation toute cérébrale et subjective qui les conduisait à ne vivre que d’intentions et à s’en savoir gré. » On pourrait en dire autant de nos jours des mondialistes ou des « immigrationnistes » qui vont à l’encontre du besoin d’enracinement que prônait Simone Weil : « Ne priver aucun être humain de ses metaxu [médiateurs naturels], c’est-à-dire de ces biens relatifs et mélangés (foyer, patrie, traditions, culture, etc.) qui réchauffent et nourrissent l’âme et sans lesquels, en dehors de la sainteté, une vie humaine n’est pas possible. »

On en revient ainsi toujours à l’indispensable figure hylémorphique (distinction matière/forme dans une même réalité) d’Aristote, à cette interaction réciproque et simultanée des causes, bref à la connexion intime, organique, de la morale et de la politique chez l’animal raisonnable, naturellement social et religieux : si la morale (dont la fin absolue est personnelle) est la cause formelle (déterminante) du salut humain, la politique (dont la fin intermédiaire est une médiation commune) en est la cause matérielle (ce qui le conditionne). Autant il est nocif de séparer la condition ou le moyen (la matière politique) de la fin (la forme morale) comme le fait l’amoralisme politique (machiavélisme, positivisme, libéralisme, matérialisme…) en soustrayant l’ordination de la politique à la morale et en la réduisant à la seule activité artistique (faire). Autant il peut être dangereux de les confondre totalement dans la seule activité volontaire (agir), comme ont pu y tendre des auteurs comme Mounier ou Sangnier et plus généralement les démocrates chrétiens du Sillon (pourvus de bons sentiments et de bonnes intentions…velléitaires), dont beaucoup de nos clercs universalistes apparaissent comme les dignes successeurs, en matière par exemple d’immigration ! « Ils ont les mains propres mais ils n’ont pas de mains ! », dénonce Péguy à propos des post-kantiens. Contre le démocratisme abstrait de Marc Sangnier, Maurras affirme que « l’Action française enracine ses théories dans l’amour de la patrie, l’amour de la religion, l’amour de la tradition, l’amour de l’ordre matériel, l’amour de l’ordre moral ».

Qui dit « matière » (sociale et politique) dit quantité. Qui dit quantité dit équilibre. « Si l’on sait par où la société est déséquilibrée, il faut faire ce que l’on peut pour ajouter du poids dans le plateau trop léger », écrivait Simone Weil. Qui ajoutait avec son genre de pessimisme : « Quoique ce poids soit le mal, en le maniant dans cette intention peut-être ne se souille-t-on pas. » Peut-être et même sans doute ! Car le domaine politique, s’il est éminemment le domaine du moindre mal, de l’efficacité et du relatif, des tolérances et des répressions, de l’ordre précisément de la « pesanteur » et de la déficience, il n’en demeure pas moins nécessaire pour ne pas étouffer la morale et la liberté personnelles, ne pas empêcher l’ordre de la « grâce » d’agir. Comme l’équilibre du corps – « mens sana in corpore sano » – l’équilibre de la cité conditionne l’équilibre des individus en vue de leur harmonie morale, de leur accomplissement personnel et de leur salut éternel. « De l’économie terrestre des sociétés dépend l’élargissement des voies du ciel », disait déjà saint Grégoire. Et celui qui, dans cette intention, met délicatement et proprement les mains dans cette « balance » de l’économie terrestre ou de la politique exerce pour ainsi dire en médecin un devoir de soin sanitaire ou en artiste un devoir de charité politique.

Il y a entre le politique et la morale, comme entre le médecin et la santé, un art spécifiquement moral qui peut se heurter matériellement à des cas dits de nécessité. Comme la mutilation chirurgicale qui n’est jamais voulue pour elle-même et que le bon médecin cherche à éviter par tous les autres moyens médicaux. Avec, parfois, l’absence de solution décente du point de vue de la morale ordinaire. Comme « le patriotisme ne doit pas tuer la patrie », selon l’axiome de Maurras, le moralisme en politique ne doit pas tuer le bien commun, lequel prime le bien particulier par égard au bien de chacun et de tous. C’est la parabole d’Henri Charlier que Madiran traduit en leçon politique pour la déclaration de guerre de 1940, mais qu’on peut aussi appliquer à des exemples contemporains (Irak, Lybie, Syrie…) : « Un charretier qui – pour obliger un voisin veut transporter une matière dont il connaît mal la densité – verse en chemin ou crève son cheval, ne sauve rien du tout, ne passe pas pour un héros mais pour un imbécile. »

La raison du bien commun national confère à la juste guerre, donc au cas de nécessité de la légitime défense, un art du discernement qui n’emprunte pas ses critères qu’à la seule morale personnelle. Un apologue de Louis Jugnet le dit autrement : « Une armée de saints, mais mal entrainée et mal armée, sera en général écrasée par une armée cruelle, mais très forte techniquement. Et la vertu ne donne pas plus de compétence pour juger d’une situation politique que pour résoudre une crise économique, sinon un problème mathématique. » Les moyens de promouvoir le bien commun ne sont pas fournis exclusivement par la morale. La vertu politique n’est pas totalement dépendante de la vertu morale, même si l’une a besoin de l’autre pour se cultiver favorablement sur le champ communautaire et que leur rencontre harmonieuse est plus que souhaitable dans la cité. « Un régime absurde en sa structure, dit encore Jugnet, quelle que soit la vertu [morale] des citoyens et des gouvernants, risquera de manquer son but tout comme une mauvaise arme, même maniée par un homme adroit et bien intentionné, ne vaudra jamais une arme perfectionnée. »

Pius Maurras, pius Madiran

« De la forme donnée à la société dépend le bien ou le mal des âmes », prévient aussi Pie XII, tandis que Pie XI parle du « vaste champ de la charité politique, dont on peut dire qu’aucun autre ne lui est supérieur, sauf celui de la religion ». Oui, la politique est bien un art moral ou une morale artistique, dont l’habitus spécifique constitue une synthèse originale. C’est la raison pour laquelle, celui qui l’exerce droitement sans être pour autant un saint fait cependant œuvre pie(use). Peut-être plus encore que l’intellectuel ou l’artiste de génie qui, sans être forcément un exemple moral, rend justice respectivement à la vérité ou à la beauté : « Si les saints peuvent prier en paix et les sages travailler avec fruit, c’est que l’épée guerrière, menée par le sceptre des rois, a déterminé autour d’eux la zone où ces occupations sublimes restent possible. Quand Syracuse est prise, Archimède est égorgé et tant pis pour le théorème », résumait Maurras.


Du fait de son état de vie et des épreuves du pouvoir, on peut aussi penser qu’il sera beaucoup pardonné à celui qui aura pratiqué ainsi la vertu politique selon son devoir d’état, traçant droit son sillon, labourant utilement le champ commun pour le bien de tous et chacun. Car il aura fait œuvre charitablement politique, recevant non seulement la terre de ses parents mais l’ « empruntant » pieusement aussi à ses enfants, comme dit Saint-Exupéry, pour indiquer que nous devons nous considérer comme débiteurs insolvables non seulement vis-à-vis de nos ancêtres mais aussi vis-à-vis des générations futures. Et donc vis-à-vis de notre Créateur au-delà du temps. Lien ontologique inépuisable de la généalogie de l’histoire avec la politique et la morale, que détricote et rompt imprudemment notre monde impie ! Le bien commun temporel est confié aux hommes politiques comme les talents aux serviteurs d’une autre parabole…


L’amitié politique, en effet, la concorde, le bien commun temporel, qui sont les fins de la cité, ne peuvent subsister longtemps s’ils ne sont pas soutenus, nourris en permanence par ce mélange d’art et de morale politiques et par leur liant intrinsèque : cette piété qui fait qu’à l’exemple d’une famille, on peut surmonter différences et divisions pour s’aimer entre membres d’une même communauté de destin. Quand les Français ne s’aimaient pas, pour reprendre le titre du livre de Maurras, voilà le point terriblement tragique et sans précédent de notre histoire, illustré par nos abandons successifs de souveraineté au profit d’une immigration-invasion étrangère à notre civilisation chrétienne.


L’amitié politique, remplacée aujourd’hui par un dérisoire « bien vivre ensemble » sans fondement métaphysique, historique ni culturel, ne va pas sans vertus spécifiques au premier rang desquelles il faut placer la piété nationale ou plus encore l’amour de la patrie. Avec le respect de la loi naturelle, ce lien des vivants avec ses morts est, souligne Madiran, le signe de la civilisation. Après avoir été un « pharisien de la civilisation », notre vieux monde civilisé agonise aujourd’hui d’impiété qui est un mode du péché d’orgueil : « Le voyageur sans bagage de la seconde moitié du XXème siècle n’est plus qu’un barbare somnambule et mathématicien, insouciant de tout ce qui fut, ignorant de ce qu’il est, possédé par les rêveries vainement prospectives que se fabrique une impiété sans remords. »


Contre la décadence et la nouvelle barbarie envahissantes, Maurras, comme Platon en son temps, aura occupé un créneau remarquable. Un créneau peut-être insuffisant mais non point imaginaire puisqu’il commandait « le défilé par où passait l’invasion », défend Madiran. Ce qu’il écrit pour son maître vaut en un sens pour lui : « Ce n’était pas la seule place du seul rempart. C’en était une. Parmi d’autres. Mais celle-là même où la nouvelle religion voulait faire brèche, et où elle l’a fait parce que l’on vous y a finalement laissé trop seul, trop démuni, sans les renforts qu’il fallait. Vous étiez au point décisif de la bataille pendant que d’autres, intérieurement plus fidèles peut-être aux exigences de leur baptême, s’étaient assoupis. Ou laissé circonvenir. »
Devant les deux nouvelles religions hégémoniques du siècle – celle du culte de l’homme sourd au divin et celle de l’islam sourd à la raison – et devant leurs adeptes menaçants, on n’a certes pas encore trouvé de sainte Geneviève ni d’évêque comme saint Rémi. Mais Maurras comme Madiran, parce qu’ils furent pieux dans leur combat de preux, nous ont indiqué à leur rempart « le point stratégique de la délivrance et de la reconquête » : leur combat fut celui de la piété contre l’impiété. 


Dans un entretien en 2002 avec l’abbé Guillaume de Tanoüarn pour la revue Certitudes, Jean Madiran résumait ainsi sa position et sa similitude avec celle du maître de Martigues : « Si je devais donner un titre général à mes livres, je dirais : Témoin à charge contre mon temps. Je ne répéterais pas la formule de Saint-Exupéry : “Je hais mon époque, parce qu’on y meurt de soif.” Je ne parlerai pas de haine car la haine m’est étrangère, mais les charges sont graves… Peut-être ne suis-je pas digne de prendre un tel titre ? Dans ma vision, c’est le meilleur qualificatif qu’on puisse donner à l’œuvre de Charles Maurras. Maurras, témoin à charge de son temps, est le défenseur par excellence – y compris au plan religieux. Lui, l’agnostique, il a défendu l’Eglise, il le répétait “l’Eglise telle qu’elle se définit elle-même”. Et donc il a défendu Jésus-Christ, et, comme Pie X le lui a fait dire, il a défendu la foi. C’est “un beau défenseur de la foi” déclare le pape de Pascendi à Camille Bellaigue. On dira : il a défendu la foi, peut-être, mais il ne le savait pas, il n’en était pas conscient. Je réponds : dans l’Evangile, on lit justement quelque chose comme cela : “Seigneur, quand vous ai-je donné à manger?” »

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Le maréchal Pétain a sauvé plusieurs fois la France honneur lui soit rendu

Le maréchal Pétain a sauvé plusieurs fois la France honneur lui soit rendu

En ce jour historique, où nous commémorons la fin de la 1ère guerre mondiale et le centenaire de l’armistice de Rethondes, En ce jour historique, où nous commémorons la fin de la 1ère guerre mondiale et le centenaire de l’armistice de Rethondes, il convient de comparer cet armistice avec celui de juin 1940, 22 ans plus tard, les deux mêmes puissances belligérantes, la France et l’Allemagne.

En 1918, comme en 1940, l’historien objectif qui cherche la vérité et n’est pas aveuglé par l’idéologie dominante, constate qu’il y eut un perdant et un gagnant.
Le maréchal Foch, généralissime et Georges Clemenceau Président du Conseil ont voulu l’armistice. Le Général (maréchal le 19 novembre) Pétain, commandant l’armée française, a pleuré. Il fut considéré par certains comme trop prudent, timoré, prônant systématiquement la défensive et non l’attaque, alors qu’en réalité il était soucieux surtout d’épargner la vie des soldats, contrairement aux partisans de l’offensive à outrance, terriblement meurtrière, pratiquée en particulier par le Général Nivelle. Et pourtant il voulait poursuivre la lutte sur le territoire allemand et obtenir la capitulation en rase campagne de l’armée vaincue. En effet Pétain avait prévu le 13 novembre une offensive de très grande ampleur en Lorraine puis sur le territoire allemand par la 2ème armée commandée par le Général de Castelnau.

Par cet armistice signé 2 jours trop tôt, l’armée allemande put se retirer en bon ordre et quitter les territoires envahis, Belgique, Luxembourg et France. Pendant ces 4 ans de lutte de géants, aucun soldat des armées alliées ne foula le sol allemand ; la population allemande ne connut pas la guerre, et la majorité du peuple allemand se sentit trahie par leurs gouvernants. Ainsi prospéra le désir de revanche. Le monarchiste Jacques Bainville, l’un des plus grands historiens du 20ème siècle, certainement le plus lucide, dès 1920 comprit qu’une nouvelle guerre mondiale entre France et Allemagne était inévitable parce que, contrairement à la volonté du Maréchal Pétain, l’Allemagne avait échappé à la capitulation, par l’armistice, gagnant cette dernière étape, que la France a perdu.

Le 17 juin 1940, le Maréchal Pétain, président du Conseil depuis le 16 juin, parce que l’armée française connaît la plus grande défaite de son histoire, se résout à demander l’armistice, ce que le réfugié de Londres ose nommer capitulation. Signé le 22 juin, il entre en vigueur le 25 : il obtient de l’adversaire une zone libre. Le 10 juillet l’Assemblée Nationale dont l’immense majorité des parlementaires sont issus du Front Populaire, lui confie le gouvernement.
Dans sa déclaration devant la haute-Cour de Justice première audience du procès, 23 juillet 1945, le Maréchal défend son œuvre :
« Lorsque j’ai demandé l’armistice d’accord avec nos chefs militaires, j’ai rempli un acte nécessaire et sauveur.
Oui, l’armistice a sauvé la France et contribué à la victoire des Alliés, en assurant une Méditerranée libre et l’intégrité de l’Empire…
 ».
Les chefs de gouvernement étrangers l’ont confirmé.
« L’Armistice nous a rendu service. Hitler a commis une faute de le signer. Le Maréchal joue une partie surhumaine, surhumaine vraiment. » Winston Churchill, (Déclaration à la Chambre des Communes, 1940).
À Montoire, Hitler et Ribbentrop se sont laissés prendre au jeu subtil de Pétain et de Laval, ils y ont perdu l’Afrique du Nord ; et en perdant l’Afrique du Nord, ils y ont perdu la guerre. » Benito Mussolini, chef du gouvernement italien.
Les généraux allemands l’ont confirmé eux aussi.
« On commit alors une faute : l’armistice, qui nous coupa bras et jambes. L’arrêt des opérations avant que fut atteinte la Méditerranée, la renonciation à un débarquement immédiat en Afrique et à une attaque contre le canal de Suez et Gibraltar en furent les conséquences malheureuses. » Général Guderian.
« L’histoire eut été changée si nous avions pris Gibraltar et si le Führer n’avait pas laissé à la France sa marine, ses troupes coloniales et ses colonies. » Général von Keitel.
Nous pourrions ajouter de très nombreux témoignages en sa faveur.

Pour conclure, affirmons avec force que le Maréchal sauva trois fois la France. Ce plus grand chef de Guerre depuis Turenne et Napoléon gagna la plus grande bataille de notre histoire à Verdun.
En 1917, grâce à des mesures pleines de sagesse, il sut réprimer les mutineries et rétablir l’ordre dans notre armée harassée par 3 ans de guerre en lui évitant le sort de l’armée russe en cette même année.
“Sans Pétain, elle [la France] n’aurait pas survécu à la crise de 1917“. Liddle Hart, historien anglais.
En 1940, il fait don de sa personne à la France, pour lui épargner de nouvelles souffrances. En novembre 1942, il refuse de quitter le sol français pour Alger alors qu’on le supplie de continuer la lutte en Afrique du Nord : il reste fidèle au poste pour atténuer les malheurs des Français.

Imaginons un moment la disparition du Maréchal dans les premiers mois de 1939, en pleine gloire, avant la déclaration de guerre… Il serait vénéré unanimement et devenu le personnage le plus populaire de toute notre histoire. Mais notre pays aurait connu, comme en Pologne, un gauleiter pendant quatre années.

Sources : Bulletin « le Maréchal », organe de presse de l’ADMP (Association de défense du Maréchal Pétain).
Professeur Gérard Bedel : « Pétain », collection Qui suis-je ? Éditions Pardès, 2018.

Baron Louis de CONDÉ

membre du Conseil d’administration de l’ADMP

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